Conte: Kabary

Publié le par Alain GYRE

30 KABARY

 

 

            Le maître de maison doit prononcer ce mot de courtoisie toutes les fois qu’il reçoit un visiteur. Ce dernier répondra ! « Tsy misy kabary ». kabary veut dire exactement « quel est le but de votre visite ? ». « Tsy misy kabary » affirme que la seule intention du nouveau venu est de rendre visite.

            L’origine de cette coutume est vague. Voici une version que bon nombre de Tismihety ont admise.

            Autrefois, dit-on, l’homme animal pensant -  et les animaux – hommes sans savoir – étaient traités sur le même pied d’égalité par « Zanahary ambony » (1). Un jour pourtant Dieu descendit sur terre et proclama la supériorité de l’homme sur les autres créatures. Puis Dieu remonta au ciel.

            Une semaine plus tard, un cochon mourut, cela sembla normal. Un mois après une grenouille creva, personne ne s’en étonna. Une oie perdit son oison ; une vache son veau ; un sanglier son marcassin. On ne s’en émeut point. Mais  une femme mourut aussi et ce fut la confusion. Comment se fait-il, se demandèrent les hommes, que nous, qui sommes élevés à la dignité la plus haute, nous qui sommes supérieurs à tout ce qu’inventa Dieu, nous devions aussi mourir, comme de vulgaires animaux ?

            Ce ne pouvait être qu’une erreur. Il fallait retrouver Dieu pour recevoir de nouvelles instructions. On dépêcha donc auprès du Seigneur le grand coureur Kabary.

-          Que veux-tu ? lui demanda Zanahary ambony, dès qu’il entra dans le céleste palais.

-          La mort que vous avez inventée ne fait aucune distinction entre les animaux, nos subordonnés, et nous, leurs supérieurs, que vous venez d’élever au plus haut rang , répondit-il.

-          Bon dit Zanahary ambony, voici le remède.

Il remit à Kabary une feuille. Kabary sortit du palais et s’en retourna au village. Sur le chemin du retour, il vit un arbre assez gros et assez haut. Il le contourna, et pour des raisons que la légende ne précise pas, il se transforma en droviky. Le « droviky » est cet oiseau de peu d’intelligence qui n’ose voler haut dans le ciel qu’à la nuit tombée. Les droviky ont un cri interprété par les jeunes Tsimihety comme « Tsy hitako », c’est-à-dire « je n’ai rien trouvé ». Kabary transformé en droviky poussa ce cri. La mort continua à frapper les hommes et Kabary ne revint plus. La confusion fut grande. Il fallait donc aller en masse implorer le Seigneur. Trente hommes furent délégués pour demander la faveur divine. Ills arrivèrent et Dieu leur déclara : « J’ai remis la feuille miraculeuse à votre envoyé Kabary ». les  hommes retournèrent donc sur terre et se séparèrent à la recherche de Kabary. Les uns s’en allèrent vers le Sud, les autres vers le Nord ; il y en a qui se dirigèrent vers l’Ouest et d’autres vers l’Est. La séparation est devenue éternelle et la mort continua à frapper les hommes.

Un patriarche Tsimihety eut en songe ces recommandations : « Tâche de pouvoir interpréter le sens du cri des droviky et tes hommes seront sauvés ».

            Ne nous décourageons pas, ô mortels. L’ornithologie a fait du progrès. En attendant l’heure de la délivrance, ménageons les droviky, car Kabary hante leur esprit. Quant à vous, vénérables Hova de Tananarive, n’oubliez jamais ces petits mots d’espérance « Kabary Tompoko » toutes les fois que quelqu’un entre chez vous.

 

 

(1)   Zanahary ambony : veut dire « Dieu d’en Haut ». Les Tsimihety sont polythéistes. Le « Zanahary antany » régnerait sur terre et le « Zanahary ambony » régnerait au ciel. Il semble qu’il s’agisse là d’un déisme vague. Postérieurement sont venus s’ajouter les termes d’Andriamanitra et d’Andriananahary qui veulent encore dire Dieu. Andriananahary est plus suggestif car il signifie , Dieu créateur. Le terme d’Andriamanitra « Seigneur parfumé » semble tout simplement confirmer le déisme vague auquel je viens de faire allusion.

Nota : On fait ici allusion aux forces qui ont concouru à donner à l’homme sa position hiérarchique supérieure aux autres créations de Dieu.

Dans les « Antendrovolo » la concession de Dieu a été arrachée par la force de volonté de l’homme. Dans « Kabary » cette concession semble voulue. Mais en analysant le comportement des hommes on sent bien cette réaction impulsive. La position prise par Dieu fait songer beaucoup plus à une politique habile pour éviter le pire qu’à une décision libre et volontaire.

 

 

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RABEARISON

Administrateur Civil

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