Kotofetsy et Mahaka retournent chez Andriambahoaka.

Publié le par Alain GYRE

192 Kotofetsy et Mahala retournent chez Andriambahoaka.
 

 


Quelque temps après, Kotofetsy et Mahaka apprirent qu'un homme riche était mort.

 

Après avoir pris des renseignements sur la fortune du défunt, l'un deux entra dans le tombeau et se coucha à côté du cadavre. L'autre se mit immédiatement à crier :

« O mon père! ô mon père ! es-tu mort? Est-ce vrai que tu m'as abandonné? Pourquoi ne m'avoir pas amené avec toi? »

 

Et il sanglotait sur la tombe. Les gens du village, attirés par ses cris (1) et le voyant se démener comme un fou, lui demandèrent la cause de son chagrin. Il leur répondit qu'il était fils du mort et son héritier.

 

A ces mots, les vrais parents s'élevèrent contre ces prétentions:

« Pour trancher le différend, dit Kotofetsy, nous allons demander au mort si je suis son fils, et lequel de vous ou moi est son héritier. »

Les parents acceptèrent la proposition et, s'approchant du tombeau :

« Père, dirent-ils, qui est enterré là, ne sommes-nous pas tes descendants et tes héritiers? »

Aucune réponse ne se fit entendre.

Kotofetsy répéta la même question et une voix répondit, au grand étonnement des assistants :

« Celui-là est mon fils et mon héritier ».

                   

A différentes reprises, le mort ne répondit qu'à Kotofetsy et resta muet lorsque ses parents l'interrogeaient.

Ainsi qu'il était convenu, Kotofetsy hérita de tous les biens de l'homme riche.

 

Lorsqu'il eut pris possession de cette fortune, Mahaka, qui, du fond du tombeau, avait répondu aux demandes de Kotofetsy, vint prendre sa part de l'héritage.

 

Ils allèrent ensuite rendre visite à Andriambahoaka et à ses compatriotes pour leur montrer les piastres, perles, bijoux qu'ils disaient avoir trouvés au fond de l'étang :

« C'est en voulant nous noyer que vous nous avez enrichis. Au lieu de la mort, c'est la fortune? Quel bon destin est le nôtre! Encore n'avons-nous pris qu'une légère part des richesses que nous avions sous la main ».

 

 

Kotofetsy et Mahaka retournent chez Andriambahoaka.

Les gens du village demandèrent à Kotofetsy et Mahaka de les conduire à l'endroit où se trouvaient tous ces trésors :

« Voici ce qu'il faut faire pour cela, dirent Kotofetsy et Mahaka : on va jeter à l'eau les hommes d'abord, les femmes ensuite. Vous allez être étonnés en voyant toutes ces richesses et en telle abondance que vous en serez émerveillés. »

Les gens du village étaient persuadés que les deux compères leur disaient vrai.

Ils les avaient jetés dans l'étang et ils les voient revenir maniant les piastres et les bijoux à pleine main.

« Allons à l'étang, criaient les hommes. »

Kotofetsy et Mahaka les firent aligner et les attachèrent l'un et l'autre en leur donnant pour motif de cette mesure que certains d'entre eux voudraient devancer leurs compatriotes dans l'étang et s'emparer des plus beaux bijoux.

Arrivés au bord de l'eau, Kotofetsy et Mahaka jetaient les hommes, l'un après l'autre, en criant :

« Ah! vous ne dépenserez jamais tout l'argent qui est là. »

Lorsque tous les hommes, y compris Andriambahoakà, furent noyés. Kotofetsy et Mahaka revinrent au village et annoncèrent aux femmes que leurs maris s'étaient noyés et ne devaient plus revenir.

Les femmes et les enfants apprirent cette nouvelle avec douleur. Ils attribuaient ces morts à un accident, ignorant la fourberie qui les avaient occasionnées.

Mais elles s'aperçurent bientôt que Kotofetsy et Mahaka n'avaient poussé leurs maris à aller dans l'étang que pour les faire mourir et s'emparer de leurs biens.

Les deux fourbes devinrent rois du village dont ils étaient les deux seuls hommes.


(1). Les Malgaches sont très démonstratifs et très bruyants dans leur douleur qui a l'air d'être beaucoup plus feinte que sincère.

Contes populaires malgaches

Recueillis, traduits et annotés par

Gabriel FERRAND

Editeur : E. Leroux (Paris) 1893

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