L'arbre sacré.

Publié le par Alain GYRE

158 L'arbre sacré (1).

(Betsimisaraka)

Légende

 

 

 

 

 

L'arbre sacré.

Il y a, dans les cimetières, des ravinala (2).

Ceux-là seuls qui viennent boire du rhum (3) sur la tombe de leurs parents (4) peuvent toucher à ses feuilles, et s'en servir dans le cimetière.

Mais celui qui en prendrait une feuille pour l'emporter en dehors de l'enceinte de la terre des ancêtres serait immédiatement frappé de mort.

(1) Cette légende m'a été contée par un Betsimisaraka de Tamatave.

(2) Le Ravinala ou arbre du voyageur (Urania speciosa) est très commun sur la côte orientale de Madagascar. Cet arbre est d'une grande utilité pour les Malgaches auxquels il fournit presque toutes les pièces qui composent leurs cases. La légende qui a fait surnommer le Ravinala arbre du voyageur, est absolument inexacte. Il ne croit que dans les endroits humides, et le voyageur altéré aura plus tôt étanché sa soif dans une des flaques d'eau au milieu desquelles il pousse, qu'en fendant l'arbre pour boire le liquide jaunâtre qu'il contient.

(3) L'expression malgache que nous avons traduite par boire du rhum, est homana toaka, littéralement manger du rhum.

(4) Toute cérémonie mortuaire est accompagnée d'un repas dont les héritiers du défunt font les frais. Le rhum en est la boisson indispensable. On en use même quelquefois pour laver les ossements des ancêtres.

Il y a chez les Sakalaves du Boina (côte nord-ouest de Madagascar) une fête commémorative annuelle en l'honneur de leurs rois défunts. La fête tombe généralement pendant la pleine lune d'octobre. Les rois et reines Sakalaves de la région se réunissent à Majunga pour la circonstance, et, au jour indiqué, accompagnés de leurs sujets, se rendent à Anjomba (mausolée) qui contient les ossements de leurs ancêtres. Le plus noble des rois présents les sort de la boîte où ils sont enfermés, les lave avec du rhum et les remet ensuite dans Anjomba d'où ils ne sortiront encore que l'année suivante à pareille époque.

Contes populaires malgaches

Recueillis, traduits et annotés par

Gabriel FERRAND

Editeur : E. Leroux (Paris) 1893

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