Conte: L'héritage

Publié le par Alain GYRE

28 L’ Héritage.

 

Presque tous les Tsimihety élèvent des chiens. Et pourquoi pas ? Ce sont des aides utiles sans lesquels les éleveurs et les chasseurs n’y pourraient pas faire grand’ chose.

            Une légende conservée surtout par les devins, parce qu’elle met en valeur leur art, nous en donne  une explication.

            Randriankory en mourant laissa à son fils Bekoro cent vingt bœufs. Or, quand Bekoro trépassa cinquante ans plus tard, il laissait en héritage à son fils, Zendra cent vingt bœufs également.

            Zendra consulta un devin du village pour sauver cette fortune stationnaire depuis deux générations.

            Le devin lui dit : »Tu vendras tous tes bœufs, tu dissiperas tout l’argent , tu achèteras des tissus minces, tu boiras beaucoup d’alcool, tu fréquenteras les mauvais lieux du village. Quand tu auras dissipé ton argent, tu viendras me voir et ton souci aura son remède ».

            « Les conseils ne sont pas bons », se dit Zendra. « Quoi ? Vendre mes bœufs, dissiper mon argent ! Jamais je ne le ferai ! » Il rentra, vendit vingt bœufs, fit disparaître tout le prix et revint chez le devin : « Je n’ai plus rien », lui déclara-t-il.

            Le devin consulta son oracle. « Non, déclara-t-il à Zendra, vous n’avez vendu que vingt bœufs ».

            Zendra rentra. Sa femme lui demanda ce que lui avait dit le devin. « Il a tout deviné », déclara-t-il. « Il n’est pas sensé de dissiper sa fortune », conseilla la bonne dame.

            Zendra vendit encore cinquante bœufs. Il dissipa tout le prix sauf une somme de cinq cent francs qu’il céda à sa femme. Il vint alors retrouver le devin. « Il vous reste encore cinquante bœufs et cinq cent francs, déclara le devin.

            Zendra fut enfin convaincu. Cette fois il allait tout vendre. Il dit à sa femme : « Demain, je te congédierai », Il la congédia en effet. Il dit ensuite à ses amis : « Demain, je vendrai tous mes bœufs ». il les vendit en effet. Alors, avec l’argent il acheta des tissus minces, il courtisa les filles les plus malhonnêtes du village ; et pour que rien ne fût oublié des recommandations du devin, il se fit grand suppôt de Bacchus (1).

            Eux mois plus tard, Zendra avait tout perdu. Il vint donc retrouver le devin qui lui remit un chien et une chienne. Maintenant tu peux rentrer tranquillement, ajouta-t-il. La petite chienne fut pleine bientôt et mit bas à côté d’un petit tas de terre. En venant donner à manger aux petits chiens, Zendra constata qu’une motte de terre recouvrait une cruche pleine d’argent. Il put alors acheter mille bœufs. Il devint riche et reprit sa femme.

            Personnellement ? je crois qu’un plaisantin a imaginé cette légende. Il vous appartient dons, jeunes gens, de comprendre que spéculer sur le sort est toujours désastreux.

 

 

(1)   Il se fit grand suppôt de Bacchus : une demoiselle m’a écrit : « Ce conte est très drôle », en tout cas, comme vous le direz plus bas, sa morale est celle d’un plaisantin.

 

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