L’histoire du tatouage dans le pays Sakalava

Publié le par Alain GYRE

L’histoire du tatouage dans le pays Sakalava

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S’il n’en existe pas qui soient propriété de famille ou qui constituent en quelque sorte des signes de noblesse, du moins certains peuples de Madagascar en possèdent qui, sans leur être réservés à proprement parler, sont d’un usage si général qu’ils permettent de discerner nettement de quel groupement dépend tel ou tel individu. De nos jours, seules les peuples côtier de l’Ouest, du Sud et du Sud-Est, à l’exclusion de celles des Hauts Plateaux et du Nord sont porteuses de ces dessins, et déjà chez les Betsimisaraka de la côte orientale leur pratique est tombée en désuétude.

 

Les groupements du Nord ou Antiboina ne sont pas tatoués, et la région de Mahajunga, ainsi que plus au Nord celles d’Analalava et de Maromandia ignorent cette coutume. Au Sud de la Betsiboka, au contraire, et jusqu’à l’Onilahy, elle existe partout.

Les tabaké appartiennent à un genre d’ornementation appliqué en simple enduit sur la peau et de nature essentiellement temporaire. Les femmes Sakalava « aiment à se peindre et à se tatouer le visage avec une grotesque variété de couleurs et de formes : cercles autour des yeux, triangles autour du nez, carrés sur les joues, etc. Les hommes emploient aussi ce tatouage avec quelques petits ornements.

 

Les tatouages Sakalava sont en partie inspirés de ceux des Makua ; la notion de clan intervient aussi, et, sous quelque uniformité apparente dans l’ensemble du pays, certains dessins ont la prédominance dans telle ou telle région. Ce point présente un très grand intérêt et mériterait d’être l’objet de recherches approfondies auxquelles.

 

Dans la région de Morafenobe-Bemolanga, peuplée par les Antemahilaka, les dessins de la face se réduisent à quelques modèles élémentaires sur lesquels sont brodées des variantes peu compliquées.

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Sur le front, des raies parallèles, au nombre de trois, vont de la racine du nez à la naissance du cuir chevelu, ou bien une double ligne en zigzag court d’une tempe à l’autre. Parfois l’oeil est encadré d’un double trait rappelant grossièrement une paire de lunettes. Plus simplement un seul point existe entre les sourcils, si même le front ne demeure tout à fait vierge.

 

Les joues portent des traits et des points, en assemblages souvent dissymétriques. Les premiers, droits ou courbes, horizontaux ou obliques, peuvent par exception border partiellement un oeil ou se terminer par des boucles symétrique sur les joues). Ils s’assemblent en croix droites ou obliques, ou prennent la forme de cercles et de roues solaires. Les lignes brisées en un grand angle ne sont pas rares. Les traits verticaux sous chaque oeil abondent et sont généralement au nombre de trois.

Les dessins pointillés sont beaucoup plus nombreux chez les femmes que chez les hommes. Les points sont souvent de deux tailles, les uns de dimensions doubles des autres. Ils peuvent être simples - un sur chaque joue au-dessous de l’oeil - mais sont plus souvent combinés en lignes droites ou courbes allant de la partie externe de l’oeil à l’extrémité de la lèvre, et se compliquant de petits cercles intercalés. Ces rangées de points sont presque toujours symétriques sur les deux joues.

 

Rares sont les tatouages sur le reste du corps. On note surtout le trident, aussi bien sur la poitrine que sur les bras ; le svastika apparaît de temps à autre. Le dos et les jambes sont très peu décorés.

 

Dans la Région du Cap Saint-André, occupée par les Antemilanja. - Les dessins qui se multiplient sur le corps entier diffèrent beaucoup de ceux des Antemahilaka et présentent une grande parenté avec ceux des Masombika voisins. Des lignes simples ou doubles encadrent le front; d’autres vont de la base du cuir chevelu à la pointe du nez ; un double accent circonflexe surmonte chaque oeil, ou encore le front est parcouru par deux ondulations courbes. Dans les cas de dissymétrie, on peut voir par exemple une ligne brisée au-dessus d’un oeil, une roue solaire au-dessus de l’autre. Sur les joues le manque de symétrie augmente jusqu’à donner des modèles d’une complication telle qu’il est bien difficile de les décrire ; on représentera seulement trois dessins faciaux de femmes :

- le premier, régulier, pris dans le groupe Antevala ;

- le deuxième régulier également du groupe Sandrangatsy ;

- le troisième très dissymétrique, du clan Maroabo.

 

Chez l’homme, le reste du corps offre assez peu de diversité. On ne voit guère que des colliers, agrémentés ou non d’une roue solaire centrale, parfois aussi un bracelet entourant chaque poignet. La femme au contraire a la poitrine garnie depuis le cou jusqu’aux seins ; la peau se constelle de tatouages et l’on trouve tous les intermédiaires entre le simple collier en ligne brisée et le semis de motifs de la plus extrême variété. Les trois modèles ici reproduits proviennent, les deux premiers du clan Sandrangatsy, le troisième du clan Mananadabo : on peut constater que les représentations solaire et humaine tiennent, chez les Sakalava comme chez les Makoa, une place de premier plan.

 

Le dos a une ornementation moindre ; souvent il montre un être humain dont la tête, garnie de rayons, imite le soleil, ou encore une élégante combinaison de croix bouclées et de roues solaires. Sur les reins, quelques femmes ont des dessins assez compliqués. Les colliers qui atteignent les épaules se prolongent aussi sur le sommet du bras par un élément de dessin ; les bras eux-mêmes sont très décorés, qui représente un oiseau en plein vol, est rare ; elle se trouvait sur les deux bras d’une Antavela.

Jamais de tatouages aux jambes chez les hommes, et très peu seulement chez les femmes. Il est exceptionnel en ce sens qu’un être humain paraît figuré la tête en bas.

 

Dans la Région Besalampy, Bekodoka, peuplée par les Antimaraha, les tatouages sont moins nombreux dans les deux sexes, mais la fréquence relative de l’asymétrie est la même. Les points deviennent rares. L’homme porte sur la face soit un double accent circonflexe qui surmonte un seul œil, soit des lignes courbes sur chaque joue, soit encore des figures non symétriques, si mieux il n’aime encadrer les deux yeux. Parfois aussi une joue est occupée par un soleil, l’autre par une croix gammée. Les femmes montrent des combinaisons plus simples, lignes obliques sur chaque joue, ou points symétriques. Très rares sont les hommes ayant des dessins corporels. On en relève quelques-uns sur la poitrine ; ils manquent presque complètement sur les bras et totalement sur les jambes. Chez la femme, le collier allant d’une épaule à l’autre est fort rare ; il peut en exister une sorte de « commencement », mais il est plus souvent remplacé par une croix. Sur une femme d’Ampany enfin, a été relevé un curieux ensemble, boeuf, roue solaire, homme.

 

Les tatouages du dos et des membres rappellent d’une manière générale ceux des autres Šakalava.

 

Source : Les tatouages chez les indigènes de Madagascar, In: Journal de la Société des Africanistes. 1935, tome 5 fascicule 1. pp. 1-39. Raymond Decary

[Texte repris sur le-phoenix-magazine.com]

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