L'honnêteté rend impavide

Publié le par Alain GYRE

108 L’honnêteté rend impavide.

 

            Il y avait une fois, dit-on, une femme et sa fille qui s’échinaient à gagner leur vie et pour subsister elles pêchaient au panier. Cependant, bien que misérables et au dernier degré de la pauvreté, elles s’étaient toujours interdit de voler.

 

            Un jour qu’elles se trouvaient à pêcher dans un marais, elles furent surprises par la tombée du jour. La fille pleura pour rentrer à la maison, elle disait : « Maman, j’ai peur car il fait nuit et nous sommes toutes seules dans ces marais ! ». Mais sa mère la réconfortait lui disant : « Ma chérie, n’aie donc pas peur, les gens honnêtes n’ont jamais rien à craindre ! ».

 

            Or, juste à ce moment-là, survinrent deux chenapans : l’un était un assassin et l’autre un sorcier. La jeune fille fut saisie de frayeur en les voyant et elle dit : « Sauvons-nous, maman, de peur qu’ils ne nous tuent ! ». mais la mère refusa et lui répondit : « N’aie pas peur, mon enfant, car les gens honnêtes n’ont jamais rien à craindre ! ».

 

            Quand les deux brigands les eurent rejointes, ils n’osèrent pas les tuer car c’étaient des femmes et de plus, elles ne portaient guère de bijoux. Voici ce que les deux hommes se dirent : « Emmenons-les pour les vendre et nous nous en partagerons le prix ». ils conduisirent donc les deux femmes dans la forêt où il y avait une caverne qui leur servait de repaire.

 

            Quand ils furent arrivés là, l’un des brigands partit pour chercher des acheteurs pour la mère et sa fille, le sorcier lui, resta pour faire cuire le riz. Mais voici les mauvais coups que les deux hommes combinèrent : l’assassin aiguisa son couteau pour tuer le sorcier et s’approprier le butin pour lui tout seul quand celui-ci serait mort. Le sorcier, de son côté, ayant aussi réfléchi à ce qu’il pourrait faire pour conserver le butin à son seul profit, mit du poison dans le riz de l’autre brigand.

 

            Les projets criminels de ces deux hommes s’accomplirent : le brigand avec son couteau assassina le sorcier qui mourut. Cela fait, comme il avait faim, il mangea le riz et tomba raide mort lui aussi.

 

            Voyant cela, la mère dit à sa fille : « Tu vois, mon enfant, ce que je t’avais dit s’est accompli : les gens honnêtes n’ont jamais rien à craindre ! ». Elles emportèrent tous les biens que les deux hommes avaient volés et elles devinrent subitement très riches.

 

 

            Nalaina tao amin’ny Anganon’ny  Ntaolo, nangonin’ i

Lars Dahie sy John Sims arybnadikan’i Denise Dorian sy Louis Molet

(Etudes Océan Indien n° 14, 1992, Inalco)

 

Publié dans Contes sur la toile

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