L'oreille de Dieu et les petits enfants

Publié le par Alain GYRE

48 L’oreille de Dieu et les Petits enfants.

 

Randiambe avait deux filles dont la garde était confiée à l’esclave Befelatanana. Un jour, les trois personnes – l’esclave et les deux filles – allèrent chercher des cressons d’eau. Befelatanana était une méchante femme : elle laissa les enfants au bord de l’eau, elle rentra et vint informer Randiambe que ses deux filles avaient été happées par des caïmans. Pour appuyer son mensonge, elle se fit des égratignures, laissant ainsi croire qu’elle avait été blessée par les griffes des terribles sauriens.

Au loin, au bord de l’étang, les deux filles avaient peur elles avaient faim et elles pleuraient.

Au même moment, dans le ciel bleu, à travers les étoiles, entouré de ses anges,     Dieu attendait la naissance  de son enfant. Ce fut à ce moment, qu’il entendit les pleurs des deux petites filles de Randiambe. Il ordonna  à un esclave de descendre sur terre pour s’enquérir de ce qui devait s’y passer. Ce fut Rakobokobo, esclave réputé par sa sagesse et sa vigueur, qui partit. Il descendit sur terre, vit les deux filles et leur demanda pourquoi elles pleuraient. Les deux enfants lui expliquèrent que leur père Randiambe les avait confiées à Befelatanana ; ; que celle-ci les avait emmenées  chercher des cressons ; qu’elle les avait abandonnées. Elles pleuraient parce qu’elles allaient mourir.

Alors Rakobokobo remonta au ciel et raconta à Dieu les douleurs des deux filles de Randiambe. L’auguste père ordonna qu’on leur apportât de la nourriture.

Rakobokobo redescendit sur terre et donna de quoi manger aux enfants. Mais les pleurs continuèrent et Dieu, toujours compatissant, ordonna que quelqu’un vînt demander pourquoi ces pleurs. On lui rapporta que les deux filles n’avaient ni bœufs, ni maison, ni esclaves et qu’elles en souffraient énormément. Dieu leur envoya des bœufs, leur fit construire un palais, et pour que rien ne fût oublié, l’esclave Rakobokobo accepta d’assurer leur garde.

Alors les deux filles vécurent heureuses. Les bœufs se multiplièrent et Rakobokobo mit tout son génie à agrandir le domaine, à embellir le palis, à s’assurer le maintient d’une richesse abondante et stable.

Un jour, pendant que la cadette était assise au dehors, elle aperçut deux personnes – une femme et un homme – qui lui ressemblaient à s’y méprendre, et qui se dirigeaient vers elle. Elle prévint son aînée, qui reconnut aussitôt son père  et sa mère.

Alors celui qui a été  là présent, qui a vu ces deux filles accourir, saute dans les bras de leur mère ; celui qui a vu cette mère affolée, ahurie, hébétée, qui dans l’aveuglement de la trop grande joie ne savait plus si elle devait prendre ses filles sur ses genoux ou si elle devait garder ses deux chéries entre ses bras et les presser sur sa poitrine : celui qui a vu le vieux Randiambe dans son geste de fou joyeux, qui étendait ses deux bras comme un oiseau prêt à s’envoler ; qui, souriant, remuait la tête, remuait la poitrine et dansait à la manière de « mpihira gasy » ; celui qui a vu tout cela a vu la vraie danse du cœur humain. Et Rakobokobo était là, qui regardait et qui comprenait. Il dit : « Père, recevez vos enfants : mère, permettez que je rejoigne mon maître qui est au ciel ». Et il partit… Mais pendant que la famille Randiambe s’apprêtait à rejoindre le village natal, on colporta la nouvelle que Rakobokobo avait assommé Befelatanana.

Prenez garde : Dieu entend toujours les pleurs des enfants !

 

 

Contes et légendes de Madagascar

RABEARISON

Administrateur Civil

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