L'origine du riz, de l'oie et de l'ody.

Publié le par Alain GYRE

210 L'origine du riz, de l’oie et de l’ody(1) (lavandra).

Recueilli à Ankazobé

(province d'Ankazobé)

Il y avait, dit-on, deux époux très riches qui eurent un très joli petit garçon, comme on n'en avait jamais vu.

Cet enfant vint au monde déjà très grand, aussi l'appela-t-on Ikototsinamboarinandriamanitra, (Koto (2) qui n'est pas créé par Dieu!).

 En voyant un enfant si extraordinaire les parents étaient bien étonnés; ils décidèrent de se rendre chez le Mpanandro (3) Ranokombé et l'interrogèrent sur la destinée de l'enfant.

Votre fils, dit le sorcier, aura une destinée magnifique, soyez sans inquiétude.

Un jour, Ikototsinamboarinandriamanitra tint à ses parents le langage suivant :

« Mes chers parents, je voudrais me marier avec la fille de Dieu, permettez-moi de me
rendre chez lui pour la demander. »

Quelle ne fut pas la surprise des deux époux! Ils résolurent de prendre conseil du Mpanandro Ranokombé.

Celui-ci leur répondit :

« Laissez-le partir, le destin le veut ainsi. »

A l'enfant, le sorcier dit :

« Au delà de cette colline, vers l'Est, il y a un étang bien bleu dans lequel les trois filles de Dieu nagent fréquemment, vas-y, et, arrivé là-bas, transforme-toi en orange, en une orange très jolie, très tentante à cueillir; alors les trois jeunes filles se précipiteront sur toi, saisis celle que tu pourras et ramène-la comme femme. »

Ikoto obéissant au sorcier se rendit au bord de l'étang et se transforma en orange.

Les trois filles de Dieu arrivèrent et voyant une orange si belle essayèrent toutes trois de la cueillir.

Ikoto tenta, mais en vain de s'emparer de l'une d'elles.

Désolé de son insuccès, Ikoto revint chez Ranokombé pour lui conter sa mésaventure.

Celui-ci lui répondit : 

«  Retourne vers l'étang, et, cette fois transforme-toi en nénuphar, en une fleur violette et gracieuse. Les filles de Dieu voudront de nouveau te cueillir, alors essaie d'être plus habile et de t'emparer de l'une d'elles. »

Koto fit comme on le lui avait ordonné mais, hélas sans plus de succès.

Découragé, il revint tout penaud chez le Mpanandro.

Celui-ci, irrité, consentit encore à lui indiquer un dernier moyen.

«  Rends-toi encore là-bas, dit-il, et transforme-toi en un joli oiseau au plumage
luisant et soyeux et nage dans l'étang, les trois sœurs voudront s'emparer d'un si joli oiseau, alors saisis l'une des trois et ramène-la pour femme. »

Cette fois, ce fut un grand succès, et Ikoto revint avec la jeune fille qu'il était parvenu à attraper.

« Si je t'ai prise, lui dit-il, c'est pour me marier avec toi. Quel est ton désir ? »

«  Moi, répondit la jeune fille je n'épouserai jamais un homme que mon père a créé avec ses deux mains. »

«  Je n'ai jamais été créé par votre père, la preuve en est que je m'appelle Ikototsiamboarinandriamanitra, nom qui signifie petit, non créé par Dieu. »

 Ce raisonnement convainquit la jeune fille et elle fixa elle-même le jour permettant a. Ikoto de rencontrer ses parents.

Avant de partir, Ikoto visita le Mpanandro Ranokombé qui lui dit :

« Va chez les parents, mais lorsque tu seras entré dans la chambre, fais bien attention, on t'offrira trois chaises, l'une en or, l'autre en argent, la troisième verte. Ne t'assieds ni sur la chaise en or, ni sur celle en argent car elles appartiennent l'une au père, l'autre à la mère, mais choisis la chaise verte qui appartient à la jeune fille. Si tu choisissais la chaise en or on dirait que tu veux la voler; la chaise en argent que tu veux épouser la mère, au contraire, si on te
voit t'asseoir sur la chaise verte, on comprendra de suite que tu es venu pour demander
la fille en mariage. »

Arrivé chez les parents, Ikoto n'oublia aucune des recommandations du sorcier et choisit la chaise verte.

La demande en mariage fut bien reçue et l'on fit de grandes fêtes le jour de la cérémonie.

Lorsqu'elles furent terminées, les nouveaux mariés se préparèrent à regagner la terre; Andriamanitra (Dieu) leur fit cadeau d'un couple d'oies qu'ils durent emporter avec eux.

Arrivés sur la terre, une des oies mourut. Ils la. coupèrent, ouvrirent son jabot, et semèrent le riz qu'ils y trouvèrent, car jusqu'alors Dieu avait empêché le riz de pousser sur la terre.

Au bout de quelque temps, le riz mûrit, et la femme d'Andriamanitra fut bien étonnée en se promenant de voir une récolte prête à être cueillie.

Elle partit vers le ciel pour conter cette nouvelle.

Andriamanitra fut fort en colère et fit tomber une forte averse de grêle sur le riz de la terre.

Alors, la jeune mariée, désolée demanda à son père de lui indiquer le moyen de mettre le riz à l'abri de la grêle.

«  Prends une branche de cet arbre, et lorsque l'orage s'annonce, dresse-la vers le ciel »

C'est depuis ce jour que le riz poussa sur la terre, et fut protégé par l'ody (avandra).

 


(1) Remède, charme, amulette contre la grêle.
(2) Garçon.
(3) Sorcier.

Contes de Madagascar

Charles RENEL (1866 – 1925)

Librairie Ernest LEROUX

PARIS

 

 

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