La femme et le caïman.

Publié le par Alain GYRE

161 La femme et le caïman .

 

On raconte qu'une vieille femme tomba à l'eau et fut prise par un caïman.

Celui-ci habitait dans un trou, près de la rive.

Il y transporta la vieille. Il la mit là, lui découpa de la viande crue pour qu'elle vécût bien, et s'en alla.

Il revint pour la faire manger encore, mais la vieille ne remuait plus.

Elle semblait morte.

Le caïman retourna se mettre à l'affût de nouveau.

Il laissa la vieille d'abord se putréfier; puis, sur le point de la dévorer (c'est la façon dont procèdent ces animaux) il alla chercher ses amis pour les faire participer au produit de sa chasse.

 

La femme et le caïman.

Vers le soir, un bœuf qui se battait au-dessus du repaire du caïman transperça la paroi du trou; et son pied tomba à l'intérieur.

La vieille s'en saisit, s'y cramponna fortement; et sortit du trou avec le pied du bœuf qui la ramena sur la berge. A cause de cela, là vieille femme maudit tous, ceux de ses descendants qui mangeraient de la viande de bœuf. Il y a dans l'est de Madagascar des gens qui ne mangent pas de bœuf. Cette défense a été observée jusqu'à ce jour (1).

(1) La prohibition de la vieille pour ses descendants de manger de la viande constitue un fady. Le bœuf est devenu fady c'est-à-dire sacré, défendu par suite du service qu'il a rendu à la vieille. Cette pratique qui est absolument semblable au tabou polynésien, et en dérive peut-être, est très commune à Madagascar où il n'est certainement pas une famille qui n'ait un fady quelconque.



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Recueillis, traduits et annotés par

Gabriel FERRAND

Editeur : E. Leroux (Paris) 1893

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