La filière croco se réveille

Publié le par Alain GYRE

La filière croco se réveille

 

Depuis quatre ans, toute activité se rapportant à la filière crocodile est suspendue à Madagascar, notamment l’exportation des peaux et produits dérivés. Un moratoire en voie d'être levée, car l'exploitation réglementée du crocodile du Nil ne serait pas une menace à sa survie…

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Prononcé en 2009 par la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) à la suite de dysfonctionnements relevé notamment au niveau administratif, ce gel de la filière qui ne devait initialement durée que quelques mois est aujourd’hui toujours en vigueur. Une situation particulièrement problématique pour les artisans et les exportateurs qui ont vu leur chiffre d’affaires s’effondrer.

 

De la collecte des œufs, à la fabrication de produits finis en passant par l’élevage des jeunes, l’exploitation de la ressource crocodile (ici le Crocodile du Nil, seule espèce naturellement présente sur la grande île), constitue une source de revenus pour plus de 400 familles et selon les derniers chiffres datant de 2007, la filière générerait plus de 1,4 milliard d’ariary par an rien que pour l’exportation des peaux, sans compter les produits d’artisanat. Soit le tiers environ de ce que peuvent rapporter les activités commerciales liées à la flore et à la faune spécifiques de Madagascar.

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Avec comme objectifs premiers de trouver des solutions afin d'assurer une bonne traçabilité des produits et adopter une meilleure stratégie de gestion, ce moratoire pourrait être levée à l’horizon 2014. En effet, comme le souligne Zoly Randrianatoandro, directeur technique de Croc Farm, une exploitation encadrée et durable de la ressource constitue à l’heure actuelle la seule garantie de voir les populations de crocodiles sauvages se maintenir un niveau stable et la meilleure solutions à la conservation du plus grand prédateur de Madagascar. Paradoxale de prime abord, cette activité est en effet une réponse particulièrement efficace à tous les enjeux qu’implique l’exploitation d’une telle ressource. Enjeux environnementaux, zootechniques et socio-économiques.

 

Pour Zoly Randrianatoandro « « si des mesures ne sont pas prises au plus vite, dans dix ans il n’y aura plus de crocodiles que dans les rares fermes que compte le pays ». C’est en sens que Croc Farm vient d’adresser une demande auprès des ministères de l’Élevage et de l’Environnement afin de lever cette interdiction.

 

« Les œufs qui étaient incubés à la ferme d'élevage permettaient d'obtenir des bébés viables dont une partie étaient ensuite relâché dans la nature », explique Zoly Randrianatoandro. Dans un environnement devenu de plus en plus hostile « Le taux d’éclosion ne dépasse pas les 30 % dans la nature et le taux de survie y est très bas. À cause de leur réputation de mangeurs d’hommes, leurs nids et leurs œufs sont systématiquement détruits par les riverains. Sans parler de l'action des braconniers », fait valoir le responsable.

 

En ce moment même, des travaux de terrain conduits sous la haute autorité du ministère de l’Élevage et de l’Environnement visent à mettre à jour l’état de nos connaissances sur les populations sauvages de crocodiles que compte la grande île. Les résultats obtenus, dont les premiers éléments sont très prometteurs pour la filière, serviront d’assise à l’élaboration d’un plan de gestion durable de la ressource en phase avec les exigences de la Cites dans ce domaine.

 

C’est dans ce contexte que la Cites Madagascar envisage aujourd'hui une levée du moratoire pour janvier 2014.

 

 

 

(article publié dans no comment magazine n°43 - Septembre 2013 ©no comment éditions)

 

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