La guêpe et la sauterelle

Publié le par Alain GYRE

140 La guêpe et la sauterelle (1).
(Betsileo)

La sauterelle et la guêpe se rencontrèrent, dit-on; et celle-ci s'adressant à la sauterelle, lui dit :

« Je ne connais rien de laid comme toi, sauterelle. Lorsque ta femme est enceinte elle devient jaune. Ses yeux sont sous les bras. On ne peut pas savoir si elle est vieille ou jeune, elle n'a ni cheveux, ni plumes. »

 

La guêpe et la sauterelle

« C'est vrai, dit la sauterelle. C'est d'aller à Imamo (2) qui m'a enlaidi. Le soir on y fait brûler de la terre (3); c'est pour cela que moi, ma femme et mes enfants nous sommes devenus enfumés. Pour l’Imérina (4), nous ne pouvons pas y rester. Lorsque nous sommes allés à Tananarive (5), on nous avait mis dans un sac de paille. Arrivés dans la maison de celui qui nous portait, on nous a arraché les pieds et les mains. Voilà pourquoi, commère, nous faisons si laide figure. Tu ne peux guère non plus te prévaloir de ton physique. Tu ressembles à une chrysalide et ta taille est à peine de l'épaisseur d'un cheveux .»

« C'est vrai, répondit la guêpe, j'en conviens, Mais, ô toi, celle qui a une taille fine et qui veut avoir de nombreux enfants, ne peut-elle pas en avoir? Est-ce que lorsque nous construisons une maison, nous allons chercher en dehors de la famille pour nous aider ? Chaque jour, en travaillant, nous soufflons avec la bouche pour faire de la musique (6). C'est ce qui nous aminci la taille. »

La sauterelle reconnut la justesse de ce raisonnement.

De là ce proverbe Betsileo :

Chacun trouve son village plus beau que le village voisin.



(1) Recueilli à Fianarantsoa.

(2) Province de l'Imérina située à l'ouest de Tananarive.

(3) Allusion aux fours à chaux.

(4) Province centrale de Madagascar qui contient la capitale de l'Ile.

(5)Tananarive, en malgache Tananarivo, ne signifie pas: les mille villages (tânânâ arivo), mais les mille mains (tànânâ arivo) et, par synecdoque, les mille guerriers.

(6) Allusion au continuel bourdonnement de la guêpe.

Contes populaires malgaches

Recueillis, traduits et annotés par

Gabriel FERRAND

Editeur : E. Leroux (Paris) 1893

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