2012-07-12 La légende des Pygmées malgaches

Publié le par Alain GYRE

La légende des Pygmées malgaches

De nombreux auteurs ont traité des Kimosy,  « peuple nain » de la Grande île. Certains comme Raynal (1802) ou Rondeaux (1807) ou encore Coppalle (1826) attestent leur existence ; d’autres comme Chapelier (12804) ou Leguevel de Lacombe (1830) réfutent « toute cette histoire dont maints savants ont été la dupe ».
Mais les légendes ont la vie dure et au début du XXe siècle, le mythe est encore très fort. Ferrand, consul de France à Mananjary (1908-1910) croit lui aussi que des Pygmées africains ont jadis peuplé le centre de l’île. Il cite J. de Lassalle « dont le récit de voyages est d’authenticité historique douteuse » et qui mentionne que « le pays des Oowas (Hova) était autrefois occupé par les Quimosses, noirs très robustes ».
Ferrand localise les Kimosy sur la route de Mananjary aux Hauts-Plateaux. Se référant à un auteur anglais, Boteler (1835), il tente même un rapprochement du mot Kimosy avec le nom donné aux Pygmées à Lanzila, Wa-Berikimo (peuple de deux pieds).
En 1913, fidèle à la même thèse sur l’origine africaine des Malgaches, Julien écrit le mot
«Mbili-Kimo» qu’il cite comme malgache, alors qu’il n’est que swahili. « Ce mot qui, en bantou signifie Pygmées, a incontestablement donné naissance à l’expression Kimusi employée longtemps à Madagascar pour désigner une tribu de nains, dont l’administrateur Bénévent vient récemment de découvrir la trace dans la haute vallée de la Menarahaka (versant sud-oriental) ».
Les choses en sont là- hormis quelques ouvrages d’auteurs anglais dont Sibree- quand l’administrateur Bénévent retrouve trace des Kimosy en tant que tribu malgache parfaitement localisée dans le Sud-est de l’île, là même où Flacourt, Maudave et Rondeaux ont signalé leur présence. Il communique sa découverte à l’Académie malgache qui en rend compte par la plume d’Antony Jully, qu’il accompagne d’un croquis précisant les points où se trouve le clan.
Dans sa lettre, Bénévent revient sur la légende qui raconte que « les Quimosses ont habité au sud du district d’Ambalavao, dans le Arindrano, d’où ils sont descendus pour occuper la vallée de la Menaharaka où ils sont encore représentés par plusieurs petits clans appelés Kimoso qui appartiennent au district d’Ivohibe ».
Selon Bénévent, un de leurs chefs, Andriantahy lui raconte que les « Kimoso ont habité les Hauts-Plateaux du Betsileo avant de migrer dans la région d’Ivohibe pour occuper Ambalavao et le Sud. Ils sont de même race que les Betsileo, mais ils ont contracté de nombreux mariages avec des indigènes de race bara depuis leur arrivée dans le pays bara, et le type betsileo primitif s’est rapidement modifié».
Cependant, Andriantahy ne spécifie pas l’époque de cette migration. En tout cas, leur arrivée dans le district d’Ivohibe est très ancienne, car ils ont précédé les Zafimanely qui fournissent les lignées des rois bara. L’infor­mation est d’ailleurs confirmée par le grand chef des Bara Iantsantsa.
D’après J.C. Hébert, depuis ces révélations, les connaissances sur les Kimosy évoluent peu, d’autant que ce groupe ethnique n’existe plus en tant que « tribu » et qu’on en retrouve seulement quelques individus isolés en pays bara ou betsileo. « Rarement, on peut les rencontrer groupés en villages. Leurs traditions anciennes semblent également s’être perdues car ils n’ont plus souvenance d’avoir mené des expéditions jusqu’à Fort-Dauphin, ni d’avoir peuplé la vallée de l’Ionaivo ».
Ils ont d’ailleurs quasiment disparu de la région bien délimitée que décrit Flacourt en 1650. D’après ce dernier, sur la foi des soldats-maquignons français qui connaissent parfaitement le pays, celui-ci est traversé par l’Ionaivo- la rivière du milieu- bordé à l’Est par cette rivière, au Sud par le pays de Manambolo, et à l’Ouest par de grandes montagnes.
Bien plus tard, J.C. Hébert souligne que les Kimosy n’existent plus dans la région, leur nom étant le plus souvent ignoré.
« C’est dire qu’ils ne peuvent figurer au rang des ancêtres de la population locale actuelle qui est d’ethnie bara ou encore antesaka ».

Pela Ravalitera

Jeudi 12 juillet 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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