La malédiction des jumeaux de Mananjary.

Publié le par Alain GYRE

La malédiction des jumeaux de Mananjary

Les jumeaux sont abandonnés dans la ville côtière de Madagascar

jeudi 10 novembre 2011 / par Fouâd Harit

Afrik.com

               

Dans la ville de Mananjary, à Madagascar, les jumeaux sont, à leur naissance, abandonnés au nom d’une tradition ancestrale. Ils sont considérés comme des êtres maléfiques et sources de malheur.

Gare aux jumeaux de Mananjary ! Les parents de cette ville malgache, à 600 km de la capitale, suivent une pratique ancestrale bien étrange. A leur naissance, les jumeaux, considérés comme des êtres maléfiques, sont abandonnés. Ces familles pensent qu’elles mourront si elles décident de les garder. Rares sont les familles qui osent braver cette coutume ancestrale. La destination finale de ces enfants, pour les plus chanceux, est au Centre d’Accueil et de Transit des Jumeaux Abandonnés (CATJA). Crée en 1987 par un évangéliste, qui a été lui-même orphelin, le CATJA accueille depuis 24 ans ces enfants frappés par la malédiction.

Aujourd’hui, ils sont près d’une centaine à y vivre. Pour certains, le transit peut durer toute une vie, comme c’est le cas notamment pour les enfants handicapés - le centre accueille également des orphelins ou des enfants atteints d’un handicap majeur. Pour d’autres, la chance peut être au rendez-vous, surtout pour les enfants de moins de deux ans qui trouvent refuge dans des familles d’adoption. Les associations ne sont pas nombreuses à aller sur le terrain pour lutter contre cette malédiction. Souvent, ce sont les membres de l’église qui agissent. Les chiffres officiels sont sans appel. Selon France 24, chez les Antambahoakas, une ethnie du sud de Madagascar, on dénombre deux fois moins de jumeaux que dans le reste du pays. Le sujet est tellement "fady" (tabou), que certains parents préfèrent abandonner leurs enfants le long du canal des Pangalanes, le long des routes ou au pied d’un arbre, sans même se donner la peine de se rendre jusqu’au CATJA. Puis il y a ceux qui utilisent le prétexte de la pauvreté pour justifier ces abandons.

La légende des Antambahoakas

Au XVIIe siècle, l’intégration d’immigrés orientaux, moyen orientaux et africains donne naissance à différentes ethnies dont celle des Antambahoakas. Ils occupent alors un territoire au sud-est de la Grande île, près de Mananjary. Mais l’ennemi n’est jamais très loin. Lors d’une invasion étrangère, les Antambahoakas ont dû quitter précipitamment leur village. Dans sa fuite, le chef de la tribu aurait oublié l’un de ses jumeaux. Il décida alors de retourner sur place afin de sauver son fils des griffes de l’ennemi. Instruit du courage de cet homme et de l’amour qu’il portait à ses enfants, l’envahisseur patienta jusqu’au retour du chef de tribu pour le tuer. Fous de rage, les Antambahoakas tinrent les jumeaux pour responsables de la mort de leur chef. Depuis, la consigne est claire. Ni jumeaux, ni jumelles ne peuvent vivre dans la communauté. D’autres tribus, comme celle des Antemoros, décidèrent qu’en cas de naissance gémellaire, seul l’un des deux enfants serait gardé. Histoire ou légende ? Ces pratiques, elles, sont bien réelles, et toujours en vigueur.

Aujourd’hui encore, cette terre malgache a en effet beaucoup de mal à abandonner cette pratique enracinée dans les consciences. Une folie ancestrale qui sévit depuis quatre siècles dans la région de Mananjary.

 

« Fady kambana » ou « Tabou des jumeaux »

Les Antambahoka sont connus pour leurs fady (tabou). Ils perpétuent un fady relatif à la naissance des jumeaux : les jumeaux sont soit tués soit abandonnés après leur naissance.

Il s’avère qu’aucun écrit n’existe concernant le tabou.

Différentes origines : plusieurs histoires provenant de la transmission orale sont parvenues jusqu’à nos jours.

« En remontant quelques siècles plutôt, nous voyons les différents clans de la « côte est » de Madagascar se livrer des guerres tribales…

Ces petites guerres fréquentes et régulières poussaient les Antambahoaka à fuir souvent dans la forêt, dans les montagnes et à se nomadiser.

Au fil du temps, faire naître des jumeaux finit par devenir une source de malheur.

Les sorciers disaient aux familles que la norme pour les humains étant d’accoucher d’un, les jumeaux seraient alors « anormaux » et qu’il était impératif, d’en éliminer un ou une sinon voire les deux à la fois.

Donc, ce qui fut dit fut ordonné !

Cette loi, même si ce n’en est pas une est devenue jusqu’à nos jours une règle aussi stricte que religieuse.

En effet,  nourrir deux enfants à la fois est doublement plus difficile en temps de pauvreté  et de précarité que d’en nourrir un.

Il est certain que transporter des jumeaux est deux fois plus lourd que d’en transporter un en cas de fuite devant l’ennemi…

Avec l’arrivée des religions chrétiennes et musulmanes, l’idéologie  continua inexorablement de poursuivre son petit bonhomme de chemin.

La naissance de jumeaux fut associée à une malédiction du démon, tout comme au sein d’autres sociétés… »

 

« Autrefois, la tribu qui vivait ici n’était pas très nombreuse.

Quand les ennemis envahirent la côte, ils décidèrent de ne pas lutter et de se cacher.

Cependant, une femme avait deux enfants jumeaux.

L’un d’eux se mit à pleurer tandis que l’assemblée faisait silence dans l’antre secrète.

La femme lui donne le sein en hâte, mais au même moment, l’autre y va aussi de ses cris et de ses larmes.

Entendant le tumulte, les soldats ennemis trouvent la cachette et massacrent la plupart des membres de la tribu.

Depuis, les survivants auraient fait vœu de ne plus accepter de jumeaux en souvenir de ce jour funeste. »

 

« Cet interdit remonte à une guerre tribale entre les Antambahoaka et une ethnie de la forêt.

En pleine bataille, une femme ayant oublié un de ses jumeaux un fuyant son village occupé, aurait rebroussé chemin pour le récupérer.

Elle serait tombée aux mains des soldats ennemis qui l’aurait violée.

Depuis, les jumeaux, jugés responsables du drame, sont bannis de l’organisation sociale de la communauté. »

 

« L’histoire raconte que lors d’une attaque ennemie, tous les villageois fuient pour se protéger, en cours de route le chef du village s’aperçoit qu’un des jumeaux a été oublié, il retourne le chercher et se fait tuer…

Depuis ce jour on dit que les jumeaux portent malheur et qu’il ne faut pas les « garder »

 

« A son arrivée à l’embouchure du fleuve Sakaleona, au nord de Mananjary, le premier Antanbahoaka avait choisi une épouse parmi les femmes   de la région.

Enceinte de jumeaux, elle décéda en couches.

Le chef du clan jura alors que sa descendance  n’élèverait jamais de jumeaux. »

 

Au XIXe siècle, un astrologue persuada Ranavalona Ire(1828-1861), l'autoritaire reine de la Grande Ile, que les enfants nés sous le signe des gémeaux, signe puissant mais violent, étaient voués à une destinée exceptionnelle. Craignant sa déchéance, la souveraine imposa aux parents de les tuer ou de les déposer à la porte d'une étable. S'ils échappaient au piétinement des zébus, les nouveau-nés pouvaient vivre.

 

Enfin, une légende, plus proche des soucis alimentaires quotidiens, raconte la difficulté d'un chef de clan à nourrir ses jumeaux lors d'une disette.

Publié dans Légendes

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Eric Michel 24/10/2013 08:48

Bonjour !Désolé ce n'est plus le cas à Mananjary.
Mais la réalité c'est que les gens qui veulent avoir de financement ou de subvention pour des soi-disant actions sociale ou humanitaire dramatisent la situation.
Venez tout simplement à Mananjary et faites des enquêtes ou investigation sur le cas de jumeaux abandonnés.
J'attends vivement les réactions !