La mère insouciante.

Publié le par Alain GYRE

177 La mère insouciante (1).
(Imerina)

 

Une femme mit au monde une fille.

Elle possédait un champ d'arachides de terre.

Un corbeau mangea la plus grande partie des semences.

La femme essaya de le chasser sans y parvenir.

Elle retourna alors chez elle chercher une bêche pour déterrer les quelques arachides qui restaient, puis revint aux champs portant son enfant sur le dos(2).

 

 

La mère insouciante.

La nuit approchait et le temps était sombre.

La mère posa sa fille par terre, après l'avoir enveloppée dans un lamba, et se mit à travailler.

Sa récolte terminée, elle transporta les arachides dans sa case, oubliant sa petite fille qui dormait dans un sillon.

Après s'être reposée un peu, le souvenir de son enfant lui revint.

Elle regarda au dehors le temps qu'il faisait : le ciel était sombre, la pluie tombait à torrents et le vent soufflait avec violence.

Je suis harassée de fatigue, se dit-elle, et le temps est bien mauvais.

J'irai demain chercher mon enfant.

Il ne reste plus d'arachides à voler, ni hommes ni corbeaux n'approcheront de mon jardin.

La petite fille ainsi exposée au mauvais temps mourut.

Le lendemain, quand sa mère vint la chercher, les pieds et les mains étaient gonflés et raides, et ses lèvres écartées laissaient voir ses dents.

Sa mère, ne croyant pas qu'elle était morte, se mit à rire en voyant sa fille lui montrer les dents.

Elle prit aussi les bras détendus par la raideur cadavérique pour une menace de coup de poing de l'enfant irritée d'avoir été abandonnée la veille, en plein air.

Mais lorsqu'elle tint sa fille dans ses bras, elle sentit la puanteur qui s'échappe des cadavres et put se convaincre de sa mort.

Ses amies la poursuivirent de leurs huées parce qu'elle avait préféré quelques arachides à l'enfant qu'elle avait mise au monde.



(1) Le texte de ce conte m'a été dicté par un Hova de Tananarive.

(2) Les mères malgaches portent leurs enfants sur le dos où ils sont retenus par une pièce de toile dont les deux extrémités viennent s'attacher sur la poitrine.

Contes populaires malgaches

Recueillis, traduits et annotés par

Gabriel FERRAND

Editeur : E. Leroux (Paris) 1893

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