Conte: La peau de bœuf devenant une vache pleine.

Publié le par Alain GYRE

 

La peau de bœuf devenant une vache pleine (1).
(Antambahoaka)

 

Il y avait, dit-on, une peau de bœuf qui devint une vache pleine.

Lorsque les bouviers la frappaient, une voix se faisait entendre dans le ventre de la vache, disant :

« Pourquoi nous frappez-vous? »

Etonnés de cela, les bouviers conduisirent la vache devant le roi et lui firent part de ce qu'ils avaient entendu :

« Essayez devant moi, ordonna le roi. »

On frappa la vache, et la voix dit :

« Pourquoi nous tuez-vous? »

Le roi émerveillé de cela s'écria :

« Sortez du ventre de la vache et je vous ferai rois. »

Immédiatement un homme et une femme vêtus de pourpre (2) sortirent de la vache.

Peu de temps après, la femme mit au monde deux filles.

Elles furent l'objet de nombreuses demandes en mariage lorsqu'elles furent devenues grandes. Il vint des prétendants du nord, du sud, de l'est, de l'ouest; mais aucun d'eux ne fut agréé.

Tsangarira se présenta et les jeunes filles l'acceptèrent pour mari. (Tsangarira est un monstre, mais il s'était revêtu de vêtements splendides et s'appuyait sur une canne d'or).

Les parents ratifièrent le choix de leurs enfants et le mariage eut lieu.

Tsangarira, accompagné de ses deux femmes et d'une de leurs esclaves, retourna chez lui.

La route qu'ils suivaient courait en pleine forêt.

Ils arrivèrent enfin à une case située au milieu des bois :

« Reposez-vous, dit Tsangarira aux femmes, pendant que je vais chercher de quoi manger. »

Les trois femmes, qui ne se doutaient de rien, s'installèrent dans la case.

Quand il fit bien noir, Tsangarira arriva à la porte et cria :

« Dormez-vous? »

Les deux femmes dormaient; mais l'esclave, que la peur tenait éveillée, ne dit mot.
Tsangarira s'aperçut du dehors qu'elle veillait et n'osa pas entrer. Le monstre renouvela plu-
sieurs fois cette expérience sans plus de succès :

« Pourquoi ne dors-tu pas pendant la nuit, dit-il à l'esclave? »

« J'ai peur, répondit-elle, de cette épaisse forêt de cannes à sucre qui est située à l'est de la case. »

Tsangarira la coupa le lendemain; mais l'esclave ne dormait pas davantage :

« Pourquoi ne dors-tu pas demanda encore Tsangarira? »

« J'ai peur, dit-elle, de la forêt de bananiers qui est à l'ouest de la case. »

Et la forêt disparut le lendemain.

L'esclave rapporta à ses maîtresses les entretiens qu'elle avait eut avec Tsangarira et elle les engagea à fuir parce que leur époux était sûrement un ogre. (Ces monstres ont l'habitude d'aller, chaque nuit, demander à leurs femmes si elles dorment. Lorsqu'ils les croient suffisamment grasses et qu'on ne répond pas à leur interrogation, ils entrent dans la case et les dévorent.)

Les deux femmes en apprenant cela, mirent dans un sac du riz et des haricots, et s'enfuirent.

La nuit suivante, Tsangarira vint, selon son habitude, voir si les trois femmes dormaient.

Ne recevant pas de réponse, il entra dans la case et s'aperçut qu'elle était vide.

Il se mit immédiatement à leur poursuite. Il allait les rejoindre lorsque l'esclave le voyant approcher frappa sur un tambour qu'elle portait toujours avec elle.

La colère de l'ogre tomba aussitôt et il se mit à danser.

Pendant ce temps, les deux femmes continuaient à fuir.

Puis, la poursuite continua; mais chaque fois que Tsangarira se rapprochait des fugitives, le tambour résonnait et lui faisait perdre du terrain en le forçant à danser.

Grâce à ce stratagème, les deux femmes purent arriver chez leurs parents avant l'ogre.

Ce dernier, qui les suivait de près, demanda à son beau-père de lui rendre ses filles.

Celui-ci acquiesça à sa demande, et lui donna une case pour y reposer avec elles et leur esclave.

Mais, pendant que Tsangarira dormait, les trois femmes sortirent de la case, après y avoir mis le feu; et l'ogre périt dans les flammes (3).

 

 

(1) Le texte de ce conte m'a été dicté par un Antambahoaka du district de Mananjary.

(2) Le rouge est la couleur royale à Madagascar.

(3) Le dernier épisode de ce conte, la poursuite de Tsangarira, se retrouve dans un autre conte Malgache, Ramaitsoanala. L'héroïne mariée à Andriambahoaka, un chef du Nord, échappe à la poursuite de Ravorombe, le grand oiseau-mère de la jeune fille en jetant du riz et du maïs qu'elle s'attarde à ramasser et à rapporter à son nid.

 

 

Contes populaires malgaches

Recueillis, traduits et annotés par

Gabriel FERRAND

Editeur : E. Leroux (Paris) 1893

 

 

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