La rizière

Publié le par Alain GYRE

photo: Salvatore Avallone

La rizière.

 

Un beau jour, Rakoto et ses deux frères décident d’aller à Tananarive, pour la fête du Famadihana. Ils porte sur l’épaule leur angady : ils y ont accroché un petit paquet et une marmite, c’est-à-dire presque toutes leurs affaires. Après plusieurs heures de marche, les trois hommes décident de se reposer à l’ombre d’un grand manguier. Ils y mangent, et s’endorment.

            Rakoto, qui a plus de force et de courage que les autres, se réveille très vite et se lève. Comme il ne sait pas quoi faire, il regarde autour de lui. Un peu plus loin, il voit une colline au soleil, et qui ne reçoit pas le vent. Rakoto est avant tout cultivateur, il se dit :

-Voilà un très bon terrain : le riz y pousserait bien. On ne devrait pas le laisser ainsi. Je vais remuer la terre, ça me fera passer le temps.

            Avec son angady, il travaille le sol de toute sa force. Au bout d’une heure, très occupé par ce travail, il n’entend pas ses frères qui l’appellent, et qui repartent sans lui. Quand il relève la tête, après avoir fini, le jeune homme se voit seul.

-Bah ! se dit-il, je les retrouverai bien.

            Il remet sa pelle sur son épaule, et à grands pas, il reprend son chemin vers la capitale. Son petit paquet et sa marmite remuent derrière lui, au rythme de ses pas.

 

            Bientôt, le jeune homme aperçoit ses frères au loin, et devant eux, magnifique sur le ciel bleu, Tananarive et ses petites maisons de terre rouge. Elles emblent monter les collines et se grouper autour du palais de la reine, tout en haut, comme lancées sur le ciel.

            Une semaine plus tard, un homme, qui allait lui aussi à la ville, passe devant la colline. Très étonné par ce qu’il voit, il pense :

            -Celui qui cultive cette terre est un mauvais travailleur. Il a préparé le sol mais n’a rien semé. Si on attend encore, il sera trop tard.

            Justement, cet homme porte un sac de riz qu’il voulait vendre au marché. Il change d’avis, et décide d’en semer tout de suite une partie. Après quoi, il reprend sa route.

 

            Le temps passe et le riz commence à sortir de terre. De grosses pluies arrivent juste à temps pour l’arroser. Il est déjà haut quand un troisième voyageur s’arrête pour regarder la jeune rizière : elle ressemble à un grand tapis vert oublié par un géant… Le voyageur se rend compte que le riz n’a pas été repiqué.

-Celui qui cultive ce champ doit être mort, se dit-il, sans cela, il ne l’aurait pas laissé ainsi.

            Alors lui aussi se met à travailler, en se disant qu’il reviendra plus tard pour ramasser le riz.

            Un peu plus tard, les épis deviennent rouges et mûrs. Un quatrième voyageur passe et s’arrête lui aussi. En voyant ce riz qui va se perdre, il décide de le récolter. Il creuse un grand trou et l’y enterre. Il se promet lui aussi de revenir le chercher avec des paniers, pour l’emporter.

 

            Pendant tout ce temps, les trois frères sont arrivés chez leurs parents, et sont restés quelques jours à la fête du Famadihana il a fallu sortir de leur « Maison Froide » les « Maîtres parfumés », c’est-à-dire les parents morts de la famille de Rakoto. On a commencé par les mettre en rang sur des nattes, au côté ouest de la tombe. Les femmes ont mis leurs plus beaux lambas ; eles ont dansé pendant que chantaient les Mpilalaos. Tous les parents et les amis ont battu des mains sur les chants et les danses. Puis chacun a offert un présent à la famille car la fête a coûté cher : il a fallu acheter des lambamena, les beaux lambas rouges qui servent à envelopper les corps, avant qu’on les enterre une nouvelle fois. On a tué des bœufs que l’on a partagé entre tous ; on a enfin replacé les morts dans leurs tombes, tous dans leur beau lambamena neuf.

            Après quelques moments de fête encore, chacun est reparti chez soi, l’esprit en paix. Car on a fait pour les morts ce que la religion demandait.

            Rakoto reste encore dans la capitale ; mais il n’a pas l’habitude de la ville, et décide de repartir assez vite. Il reprend le même chemin, et comme il arrive devant la colline, il entend un bruit de voix, et aperçoit trois hommes en colère qui commencent à se battre.

            Le jeune Malgache a vite compris : chacun croit que le riz est à lui. Tous parlent en même temps sans écouter ce que les autres disent. Rakoto s’avance vers eux et leur demande de parler tranquillement, l’un après l’autre.

            Alors il se met à rire, et les trois autres avec lui. On finit par décider de partager le riz en quatre. Tout le monde a droit à la même part, car tout le monde a donné son effort de travail.

            Mais si Rakoto n’était pas arrivé, les autres se battraient encore !

 

 

Répondons aux questions :

 

Qu’est-ce que la fête du Famadihana ?

D’après le conte décrivez-la.

Qui est Rakoto avant tout ?

A quoi le voyez-vous ?

Combien d’hommes travaillent dans le champ ?

Dites ce que fait chacun d’eux ?

Qui sont les trois hommes qui se battent ?

Pourquoi se battent-ils ?

Comment arrivent-ils à être d’accord ?

Quelles leçons tirez-vous du conte ?

 

 

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