Conte: La sagesse de l'ogresse

Publié le par Alain GYRE

Conte: La sagesse de l'ogresse

44 La sagesse de l’ogresse

 

La famille des ogres n’a jamais eu bonne réputation. C’est là ce que pense l’homme. La vérité, pourtant est quelque fois tout autre.

Zatovo était un jeune homme très beau : la chevelure bien bouclée ;  les yeux assez grands ; le nez bien placé, légèrement aquilin ; les dents petites, blanches, au complet ; l’allure très distinguée.

Zatovo avait vingt ans, il voulait se marier mais il était très hésitant.

Un jour qu’il chassait des sangliers (1), il se trouva par hasard à côté d’un parc à bœufs. Une jeune fille trayait une vache (2). C’était la petite Mizamiza, renommée dès sa naissance, dont on parlait dans tous les environs et que plusieurs jeunes gens désiraient fort connaître ; mais, jusqu’alors, c’était un personnage irréel, sorti des contes de fée, que personne n’avait encore effectivement vu.

Zatovo a aperçu Mizamiza et Mizamiza a vu Zatovo. Deux beautés, deux cœurs. Zatovo s’éprit de Mizamiza et Mizamiza s’éprit de Zatovo.

L’ogresse, mère de la jeune fille, était sortie de grand matin, selon ses habitudes pour chercher du miel.

-          Jeune homme, où vas-tu ? demande Mizamiza.

-          C’est pour t’aimer que je suis ici, répondit Zatovo.

-          Mais ma mère te tuera, ajouta la fille.

-          Je mourrai, mais du moins je t’aurai vu, répliqua Zatovo.

-          Fuis ou tu mourras.

-          Non, plutôt mourir que de te quitter.

-          J’ai pitié de toi. Situ m’aimes vraiment, jeune homme, promets que tu m’aimeras pour toujours.

-          Je te le promets.

-          S’il en est ainsi, fuyons, car ma mère est méchante. Elle te tuera.

Zatovo et Mizamiza ont fui. Ils ont marché, marché, marché. Rien ne les arrête. Pendant ce temps, la mère ogresse rentre au logis qu’elle trouve vide. Les bœufs ne sont plus gardés et Mizamiza est absente. Bientôt, elle sent l’odeur de l’homme : « Mizamiza est enlevée », s’écrie-t-elle et sans chercher d’autres indices, elle se met aux trousses des fuyards… Elle courut, elle courut… et les deux jeunes gens fuyaient toujours…

L’ogresse rattrapa les amoureux. Elle saisit Mizamiza par sa chevelure et Zatovo par l’épaule…

-          Que faites-vous ? demanda-t-elle.

-          J’aime ce garçon, répondit Mizamiza.

-          J’aime votre fille, répondit Zatovo.

-          Nous fuyons de peur que vous ne nous sépariez, bégayèrent ensemble les deux enfants.

-          Je vous plains tous les deux, dit l’ogresse. Comment t’appelles-tu jeune homme ?

-          Zatovo.

-          Je te plains, Zatovo. Si tu aimes vraiment, va trouver les parents de celle que tu aimes et demande leur sa main. Les filles sont créées pour devenir épouses. Si j’ai tué les jeunes gens qui sont venus chez moi, c’est parce que je savais ce qu’ils cachaient dans leur cœur fourbe. Quant à toi qui à l’âme sincère, je ne t’aurais pas fait de mal. Et toi, ma fille, tu n’as qu’un tort, c’est de n’avoir pas déclaré l’éveil de ton cœur à ta mère : je t’aurais laissé faire ton choix… Mais n’allongeons pas les discussions. Vous vous aimez vraiment ?

-          Oui.

-          Alors mariez-vous, je vous bénis.

L’ogresse a raison (3).

 

 

(1)   Un jour qu’il chassait des sangliers : En général, cette chasse se fait loin des villages.

(2)   Une jeune fille trayait une vache : Il n’est pas dans les habitudes des femmes Tsimihety de traire les vaches. Mais c’est curieux qu’on en parle beaucoup dans les contes.

(3)   Certaines légendes malgaches donnent raison aux êtres grotesques, de la nature des Ogres, pour illustrer cette idée que l’on trouve dans la proverbe français : « L’habit ne fait pas le moine ».

 

Contes et légendes de Madagascar

RABEARISON

Administrateur Civil

 

Commenter cet article