Conte: La valeur de la voix la plus forte

Publié le par Alain GYRE

 

16 La valeur de la voix la plus forte.

 

J’ai souvent assisté à des procès : le Président du Tribunal parle, l’accusé parle, les avocats parlent, toute la salle bourdonne de paroles. On parle, on parle. En brousse, loin des gendarmes et des policiers, c’est plus bruyant encore. Il faut parler haut pour s’imposer, il faut amplifier sa voix. C’est une vieille habitude héritée, semble-t-il, des hiboux.

Bien longtemps avant la naissance de nos premiers rois, il n’y avait point de juges. La force commandait, appuyée par cela par la langue.

En ce temps là, Ratakatra et le hibou vivaient en bonne intelligence. Un jour le hibou invita Ratakatra à manger chez lui. Les hiboux n’ont pas de belles cases ; cela incommoda énormément Ratakatra, mais il n’en dit rien. Il invita alors son ami à venir chez lui. Le hibou entra dans la maison de Ratakatra qu’il trouva fort belle et salubre. Il ne voulut plus en sortir. Ratakatra se fâcha et lui dit : « Il est temps que tu sortes, j’ai envie de dormir ». Et le hibou de répondre :  « Dors dehors, ou va au bord de ton eau ». Il faut en finir, se dit Ratakatra. Il sortit, vint trouver le milan pour lui demander son appui. Aide-moi, lui dit-il, le hibou est chez moi et ne veut plus sortir.

« Le hibou ? s’écria le milan, je sais ce que c’est, il sera vite délogé ». Là-dessus, sans demander de salaire, il s’approcha de la maison de Ratakatra et dit : « Toi qui loges ici, sors vite ou je te tuerai ». « Moi, ? répondit le hibou, sortir d’ici à cause d’un cri de papango ? Va-t-en, excrément de chien . Si j’ouvre la bouche, j’appellerai le tonnerre pour t’écraser, tous les caïmans des environs pour te manger ». Et là-dessus, il cria « Hou », et si fort que le milan, pris peur, s’envola à tire d’ailes.

Ratakatra vint alors trouver le taureau aux longues cornes. « Aide-moi à faire sortir le hibou de chez moi », lui demanda-t-il. « Le hibou ? s’exclama le taureau, je sais ce que c’est. Il sera vite délogé ». Là-dessus, sans demander de salaire, il s’approcha de la maison de Ratakatra en mugissant si fort que le hibou en trembla un moment. Il dit ensuite : « Sors vite d’ici ou je te tuerai de mes cornes ». « Moi ? répondit le hibou, sortir d’ici à cause d’un meuglement de taureau ? Va-t-en excrément de chien. Si j’ouvre la bouche, j’appellerai le tonnerre pour te manger ». Et là-dessus, il fit « Hou » et si fort que le taureau pris de peur s’en alla au grand galop.

Ratakatra vint trouver le Tentena. On connaît ce petit oiseau bruyant. Il accéda à la prière de son voisin et vint trouver le hibou. Contrairement à ses habitudes, sans bruit, il pénétra dans la maison, s’approcha de l’intrus, et sans autre façon, donna un coup de griffe au hibou. « Pas de plaisanterie, ajouta-t-il, sors d’ici. Si tu persistes encore, je t’écraserai aussitôt, je te ferai sauter les intestins, je te couperai la tête, je te crèverai les yeux. Maintenant la maison est cernée. J’ai des caïmans au sud, des taureaux au nord, des chiens à l’ouest, des milans à l’est. Je n’ai plus qu’à donner les mots d’ordre et tu seras réduit en poudre ». Le hibou s’en alla en faisant : « Hou ! ».

Il n’y a pas que les hommes qui savent écarquiller les yeux, grossir la voix et multiplier les mensonges pour réduire leurs adversaires ; les oiseaux aussi connaissent ce moyen

 

 

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