Le boeuf, le chien et le sanglier.

Publié le par Alain GYRE

216 Le bœuf, le chien et le sanglier.
ConteBetsimisaraka
Recueilli à Nosi-Varika
(province de Mananjary)

Il était, dit-on, un homme qui s'appelait Raolona et avait trois fils l'aîné se nommait Raomby, le cadet Ralambo et le dernier Rakivahy (1).

Un jour leur père tomba gravement malade; sa famille s'inquiéta et fit venir un omblasy qui consulta le sikidy.

Après avoir regardé l'arrangement des figures, il déclara aux enfants du malade :

 « Votre père est en danger de mort, et ne peut être guéri que si l'un de vous consent à sacrifier son premier né. »

Les trois frères furent bien embarrassés en songeant qu'il leur fallait donner la vie de leur fils pour ne point perdre leur père.

Ils répondirent :

 « Nous allons consulter nos femmes, car elles partagent avec nous nos droits sur nos enfants. »

Chacun d'eux en causa donc avec sa femme celle de Ralambo refusa, celle de Rakivahy dit aussi non.

Seule consentit la femme de Raomby.

Or Ralambo abandonna complètement le village pour aller se réfugier dans la forêt, de crainte qu'on ne lui prit son fils.

 Rakivahy aussi abandonna son père malade et vécut dans la brousse avec sa famille seulement il revint de temps en temps au village pour prendre des nouvelles.

Quant à Raomby possédé d'un immense amour filial, il offrit son premier enfant pour être tué.

Le père aussitôt se rétablit; dès qu'il eut recouvré la santé, il bénit Raomby, maudit au contraire Ralambo et Rakivahy.

Ralambo et ses enfants, dit-il, n'ont pas voulu me sauver la vie que la forêt soit éternellement leur demeure; que le jour ils s'y cachent et n'en sortent que la nuit pour chercher leur nourriture.

 Et Rakivahy et tous ses descendants seront les esclaves de l'homme; ils vivront à ses dépens, de ce qu'il voudra bien leur donner, et ne seront jamais libres.

Mais Raomby et ses descendants vivront avec les hommes qui les nourriront et les soigneront; et, quand l'homme sera malade, il tuera l'un d'eux et guérira de sa maladie. »

C'est depuis ce temps, dit-on, que le sanglier vit caché dans la forêt, que le chien
se nourrit autour des villages de ce que l'homme veut bien lui abandonner; et c'est
pourquoi, lorsqu'un homme tombe malade on tue un bœuf pour obtenir sa guérison.

 

 

(1) Les trois noms sont formés de mots désignant le bœuf, le sanglier, et le chien :Omby, Lambo, Kivahy.

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL (1866 – 1925)

Librairie Ernest LEROUX

PARIS

 

Publié dans Contes de Madagascar

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