Conte: Le caméléon

Publié le par Alain GYRE

Le caméléon

 

Kovahonimajy Ngavo Ka était, dit-on, l’homme le plus habile que Dieu ait créé sur notre globe. Neptune et Pluton n’étaient rien devant lui. Jupiter avait fait l’essai de sa force à l’ombre de ses bras. L’une des plus grosses erreurs qu’ait commise le grand Napoléon, c’était d’oublier de prononcer ce nom quand il revint de Moscou, durant ce retour désastreux où « Pour la première fois, l’aigle baissait la tête ».

 

Eh bien ! Kovahonimajy Ngavo Ka s’en alla, un jour, chasser, accompagné d’un chien. Il rencontra un sanglier qui fuit naturellement devant lui. Il s’élança à sa poursuite, le devança bientôt, et en fut même si éloigné qu’il eut le temps de construire un parc de fortune, piège dans lequel fonça, tête baissée, le sanglier. Ainsi capturé, l’animal mourut de faim.

 

Kovahonimajy Ngavo Ka continua sa route. Il aperçut une pintade qui s’envola à tire d’ailes. Il se mit à la poursuivre. La pintade suivie de l’homme, suivie du chien, a franchi douze montagnes, traversé douze plaines. À la fin, n’en pouvant plus, l’oiseau fatigué ne trouva, pour se poser, que les mains tendues tranquillement par l’homme en dessous de lui.

 

Kovahonimajy Ngavo Ka se proposa de griller cette pintade dans un endroit où personne encore n’avait mis les pieds. Il s’enfonça dans une grande forêt. Il cria : « Ho,mbola misy olona ve eto ô ! », c’est-à-dire : « Y a-t-il encore quelqu’un par ici ? » l’écho résonnait au loi et répétait l’interminable « eto ô ». Kovahonimajy Ngavo Ka conclut à une présence humaine et continua son chemin. Il s’enfonça de plus en plus dans la forêt, répéta les mêmes appels et entendit les mêmes échos. Il marcha quatre jours, il marcha cinq nuits et il arriva enfin dans un endroit obscur où il n’entendit plus rien, pas même les échos qui devaient se répercuter au loin. Enfin je suis seul, se dit-il, il faut que je me repose. Il se reposa en effet, alluma du feu et se mit à griller sa pintade. Son chien fatigué, se reposa à côté de lui. L’odeur de la pintade grillée allait maintenant se répandre dans le voisinage.

 

Tout à coup, semblable à un formidable coup de tonnerre qu’accompagna un terrible coup de vent, quelque chose se fit entendre au loin et s’approcha. Un être des plus fantastiques apparut bientôt, un être de l’espèce des croquemitaines, avec des yeux rouges et gros, une bouche grande et puante, des dents longues et crochues, quatre pattes grosses et velues, deux oreilles larges et pendantes. L’être affreux était là, devant Kovahonimajy Ngavo Ka. Il s’arrêta net et regarda fixement l’homme et son chien. Il resta là deux heures durant, et notre homme, inquiet, ne savait pas exactement devant quelle force il se trouvait.

 

L’être fabuleux dit enfin : « Grille vite ta pintade, donne-la à ton chien, mange ensuite ton chien, puis je te mangerai ». Notre chasseur s’en trouva confus. Il savait que son adversaire était terrible et résolu, qu’il ne pouvait rien faire contre lui. Il savait donc qu’il allait mourir. Mais bientôt, il entendit du sommet d’un arbre, au-dessus de sa tête, une voix très faible et très douce qui lui dit : « O ! Homme, suis ces conseils : grille vite ta pintade, donne-la à ton chien, mange après ton chien, ce ventru te mangera, et je le mangerai en fin de compte ».

 

Le croquemitaine entendit cette voix, et crut qu’un être qui lui était supérieur était dans les environs, prêt à le dévorer. Saisi d’effroi, il rebroussa chemin et s’enfuit. Le bruit qu’il faisait était le tonnerre, le vent qu’il produisait était le cyclone.

 

Kovahohonimajy Ngavo Ka leva la tête et vit un caméléon. Oh !, un caméléon si petit, si faible, qui enroulait sa queue autour d’une branche et qui le regardait avec beaucoup de compassion.

 

C’est depuis ce temps, dit-on, que l’on vénère les caméléons.

Publié dans Contes, Contes sur la toile

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