Le caméléon

Publié le par Alain GYRE

 96 Le caméléon

 

Il était une fois un roi, il avait son Pavillon, il avait sa cour, il avait ses Conseillers, ses Officiers, ses Hautes Dames, ses Serfs et ses Suivantes, et il n’avait qu’un seul enfant, une fille. Cette fille n’avait pas le droit de sortir, de descendre,, de voir la terre, non : elle restait dans le palais, là-haut, dans les étages du palais. En ce temps-là – car dans les contes tout va très bien – aux jours d’autrefois, les animaux étaient des êtres doués de paroles, et le Roi avait pour Grand Conseiller, un animal.

Un jour, la fille du roi tomba malade, elle avait la fièvre. Sa maladie empirait, empirait, et on ne savait que faire. Tout le monde alla consulter la géomancienne pour savoir comment soigner la fille du Roi. Chaque fois que l’on tirait les graines, elles répondaient qu’il fallait que ce soit le Grand Conseiller du Roi qui alla quérir le guérisseur qui soignerait la fille du Roi.

On le fit appeler, il se présenta, entra dans la maison, et le Roi lui demanda de ses nouvelles ; puis il lui dit :

« Ah ! tu es venu, Conseiller ! » et il lui expliqua qu’il devait aller quérir le guérisseur qui soignerait l’enfant : « Ah, je t’en supplie, fais vite ! ».

L’animal Conseiller partit. Mais on sait que quand un tel animal se hâte, il compte ses pas. Il alla donc :

« S’il-s’il-s’il-s’il y avait un enfant de Di-Di-Di-Dieu, s’il-s’il… » ; et c’était toujours comme ça quand il avançait les pattes. Finalement, après un long, long, long voyage, il arriva chez le guérisseur :

« Peut-on entrer ? »

« Entrez ! »

Or ce Conseiller était bègue.

« Entrez, dit le guérisseur ».

Et il entra.

« Co-co comment vas-tu ? » lui demanda le Conseiller.

« Quelles nouvelles ? » lui demanda le guérisseur.

Et voilà : le Conseiller voulait parler, mais la langue de ces animaux là n’est pas notre langue à nous les hommes. Il dit :

« Hazouc_ouc hazou-and, notre sei-seigneur t’appe-t’appelle pour soi- soigner l’en l’enfant, pour que-que l’en-l’enfant vi-vive, ou que l’en-l’enfant meu-meure ».

Le guérisseur est bien embarrassé, il n’a jamais entendu ni vu une langue comme celle-là, mais c’est ainsi que parle le Grand Conseiller.

« Comment mon ami ? » demande-t-il.

« Hazouc_ouc hazou-and, notre sei-seigneur t’appe-t’appelle pour soi- soigner l’en l’enfant, pour que-que l’en-l’enfant vi-vive, ou que l’en-l’enfant meu-meure ».

« Tes paroles sont bien compliquées », répondit le guérisseur.

« Hazouc_ouc hazou-and, notre sei-seigneur t’appe-t’appelle pour soi- soigner l’en l’enfant, pour que-que l’en-l’enfant vi-vive, ou que l’en-l’enfant meu-meure ».

Le fils du guérisseur s’approcha :

« C’est que toi, ô guérisseur, notre seigneur t’appelle, le Roi t’appelle pour soigner son enfant, que l’enfant vive ou que l’enfant meure, notre Seigneur t’appelle. Mais lui, il ne parle pas très bien ».

« Ah, si c’est ainsi, allons-y, ne perdons pas de temps », dit le guérisseur.

Et ils partirent sur le champ, ils montèrent à la cour du Roi, le Conseiller les conduisait et il le portait.

Quand ils furent arrivés, ils soignèrent l’enfant. L’enfant guérit, et le Conseiller reconduisit le guérisseur.

Le Roi se réjouit, il fit assembler le peuple :

« Quelle chose puis-je te donner, Conseiller, quelle ressource puis-je te donner, puisque tu as été cause de la guérison de ma fille, ce qui était la raison pour la quelle on t’avait appelé ? »

« Eh bien, il y a un oiseau…c’est bien un oiseau car il a des ailes, mais il saute et ne peut guère voler bien loin ».

« C’est cela » dit le Conseiller, « l’aumône de reconnaissance que je te demande pour être allé quérir le guérisseur ».

Le Roi accepta, et c’est la raison pour laquelle on attribua les insectes comme nourriture au caméléon parce qu’il était allé quérir la guérisseur qui avait soigné la fille du Roi, la fille unique du Roi. Et il en est ainsi jusqu’à aujourd’hui, de génération en génération le caméléon mange les insectes

parce qu’il a fait soigner la fille du Roi.

C’est un conte, un conte ! Ce n’est pas moi qui ai menti, mais ceux d’autrefois.

 

Tiré de L’Origine des choses

Récit de la côte ouest de Madagascar

C. et M.C  PAES, J.P. RABEDIMY,N. RAJOANARIMANANA , VELONANDRO

Collection Angano malagasy – Contes de Madagascar

Edition Foi et Justice

Antananarivo 1991

Commenter cet article