Conte: Le caractère bouillant du jeune homme

Publié le par Alain GYRE

34 Le caractère bouillant du jeune homme.

 

         Les jeunes gens modernes pensent surtout à courtiser les jeunes filles (1).ceux du vieux temps recherchaient le « Loza », ou l’extraordinaire. Les Sakalava nous racontent l’histoire de Zatovo, qui caractérise si bien l’esprit guerrier de cette tribu turbulente.

         Zatovo, devenu grand, demanda à son père où il pourrait trouver le loza. Le père, inquiet, lui répondit que cela ne se recherchait pas. Le fils insista et partit. Il trouva une ruche (2), ramassa le miel et retourna au village. Les abeilles le poursuivirent, piquèrent tous les habitants du village. Ce fut donc une débandade générale, et la cause du trouble était Zatovo. Son père lui fit des reproches ; Zatovo lui répondit que c’était vraiment la moindre des choses. Ce n’était pas là le loza qu’il recherchait. Il le voulait en effet plus terrible, plus périlleux. Il repartit donc.

         Par mégarde, Zatovo mit le pied sur un boa (3) dissimulé dans l’herbe. C’est fady, prétend la coutume, de fouler un boa, et sa rencontre même présage d’un grand malheur. Mais têtu qu’il était, Zatovo déclara qu’il ne présageait rien de mauvais dans ce qui lui était arrivé d’une façon si banale, alors même que son père et tous les devins consultés pensaient que c’était là le plus grand loza de la terre.

         « Il me faut le vrai loza », insista Zatovo, et il repartit. Cette fois il emmena sa sagaie et des chiens, car on lui avait dit enfin que le plus grand loza du monde, c’était la rencontre du sanglier blanc (4), roi de toute la race porcine.

         Zatovo s’en alla. Il rencontra le sanglier blanc suivi de toute son escorte. Lutte terrible, bataille indécise. Trois  jours passèrent sans qu’on pût déterminer qui allait triompher. Le quatrième jour, le sanglier blanc reçu une lance dans le ventre et en mourut. Déception générale parmi la race porcine. La bataille cessa un moment. Le sanglier blanc fut transporté au village ; mais, ô malheur ! sitôt arrivé, Zatovo vit une horde grouillante de cent sangliers furieux qui grognaient, pénétraient dans les cases (5), renversaient les marmites, les malles, les lits qui faisaient culbuter les trépieds, les vieillards. Le roi lui-même reçut deux coups de boutoirs. Indignation générale au palais. Le roi se fâcha. Son fils Zatovo déclara que c’était encore la moindre des choses. Il voulait à tout prix trouver le grand loza.

         Un matin, Zatovo partit emportant dans une soubique huit tubercules de manioc comme provision. Il voulut, cette fois, voir la naissance du Dieu des caïmans (6) ; mais en chemin, il rencontra le fils du tonnerre (7) qui recherchait ses huit chèvres perdues depuis un mois. Rencontre malheureuse !

-         Où vas-tu, lui demanda le fils terrible, et que portes-tu ?

Zatovo expliqua qu’il allait chercher le loza et qu’il emportait huit tubercules de manioc comme viatique.

« Ouvre-moi ton paquet », insista le fils du tonnerre. Le paquet contenait, au lieu de manioc, huit têtes de chèvres. Alors Zatovo fut garrotté et emmené en prison. Il promit de se racheter en cédant un mortier en argent. Il rejoignit son père et devint sage, car il avait enfin rencontré le grand loza.

         Il en est toujours ainsi de certains enfants ; ils n’en font qu’à leur tête et ne veulent croire qu’en leur propre expérience. Ils en sont souvent victime (8).

 

(1)   A courtiser les filles : C’est une erreur de conception du conteur. Il faut plutôt admettre que la jeunesse actuelle est plus remuante, plus dynamique, studieuse, sportive, fanatique pour la survie de sa patrie. Elle pense non surtout pas à cette futile cour, mais à un idéal plus noble. Elle veut être missionnaire, elle veut diriger son pays, rendre le peuple heureux et libre. Elle pense, elle cherche.

(2)   Il trouva une ruche ! il est en effet des gens qui craignent beaucoup les abeilles. On aurait plutôt parlé de guêpier.

(3)   Zatovo mit le pied sur un boa : On prétend que les boas sont l’incarnation de certains esprits. Ils sont donc vénérés. Personnellement, je crains beaucoup ces reptiles. Pourquoi ? Je n’en sais rien.

(4)   Le sanglier blanc : Il apparait dans beaucoup de contes.

(5)   Pénétraient dans les cases : C’est un cas rare, mais on m’a rapporté qu’un jour dans la sous-préfecture d’Analalava, un sanglier avait pu pénétré dans une cabane de brousse.

(6)   Dieu des caïmans :Selon certaine croyance, les esprits des ancêtres habitent dans lesb caïmans. Certaines personnes donnent donc parfois aux caïmans qui les incarnent une certaine supériorité.

(7)   Il rencontra le fils du tonnerre : les vieux malgaches admettent que les tonnerres sont des êtres vivants, ayant la nature de coqs, et qu’ils peuvent avoir des enfants dont la rencontre est peu souhaitable. Il semble même que la mère tonnerre ponde des œufs.

(8)   Ils en sont souvent victimes : on m’a fait ces remarques fort pertinentes : « Au début du récit, vous semblez désapprouver l’attitude des jeunes gens modernes. Vous faites ainsi indirectement l’éloge des jeunes gens du vieux temps qui, eux, recherchaient le loza ». or, à la fin du récit, vous ne faites plus l’éloge de »Zatovo ». En effet, vous terminez en disant que beaucoup d’enfants sont « victimes de leur expérience, parce qu’ils n’en font qu’à leur tête ». de cette façon, vous approuvez indirectement l’attitude des jeunes gens modernes contrairement à ce qui a été soutenu au début du récit. Ceux-ci justement ne cherchent que les plaisirs parce qu’ils tiennent à leur peau. La vie est belle ! « Mamy ny miaina ! ».

Cela est parfaitement vrai, mais il faut que je revoie d’abord nos amis Sakalava pour qu’ils modifient leur conte.

 

 

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RABEARISON

Administrateur Civil

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