Conte: Le chien et le rat

Publié le par Alain GYRE

27 Le Chien et le Rat.

 

 

         On peut en douter, pourtant ils étaient bons amis. Le chien s’amusait avec le rat tout comme le vieux grand-père caresse son petit-fils : l’âme contente, l’œil attendri, un petit sourire aux lèvres. Se promenaient-ils ? La main dans la main (1), en badinant un peu, ils marchaient au même pas, comme des amis sincères et véritables. Chantaient-ils  (2)?  C’était une mélodie archangélique que devrait envier Gabriel, Michel ou Raphaël et dont Dieu lui-même aurait pu être jaloux (3). C’étaient donc deux vrais amis. Jamais le chien n’avait abusé de sa taille et de ses crocs. Jamais le rat n’avait abusé de son esprit malin.

         Un jour pourtant, les deux amis rencontrèrent un bœuf.  Ils le poursuivirent, lev rattrapèrent, le dépecèrent et le firent boucaner. « Conservons la viande séchée là-haut, dit le rat, en montrant une branche de manguier, car si quelqu’un d’autre vient, il en prendra une bonne part ». « Oui », répondit le chien. Le rat fit l’affaire. Il grimpa sur l’arbre, y plaça toute la viande.  Le chien approuva la façon de faire, espérant pouvoir être facilement ravitaillé par son ami. Le rat monta là-haut et ne descendit plus. Le chien aux yeux rouges lui demanda sa part de viande. « Allons, mon vieux », lui répondit le rat, « l’odeur ne te suffit-elle pas ? Ne sois pas si gourmand ».

-         Mais descends donc, ajouta le chien.

-         Allons, mon vieux, lui répondit le rat, tes yeux qui me voient ne te suffisent-ils pas ?

La faim commença à se faire sentir. J’ai faim, mon vieux, déclara le chien.

-         Mais hume donc l’odeur, mon vieux, répondit le rat.

Le chien sauta mais n’attrapa rien. Il s’en alla penaud et promit de se venger.

Aujourd’hui encore, il se venge.

         Je m’adresse à vous, à vous qui me lisez, à vous surtout qui voulez souvent jouer au plus malin : « Méfiez-vous de votre malice ».

 

 

 

(1)   La main dans la main : Effectivement, beaucoup de tribus de Madagascar emploient le vocable « tanana » ou « main » pour désigner les pattes de devant des quadrupèdes.

(2)   Chantaient-ils ?: Comparer « manôly et manolikoliky », le dernier semble formé de la réduplication du premier.

(3)   Dont Dieu lui-même aurait pu être jaloux : Conception fausse de la puissance de Dieu, créateur de toutes choses. S’il pouvait être jaloux de ses créations, il ne les aurait pas créées. En créant, il a fait sien et n’en serait donc pas jaloux.

 

 

Contes et légendes de Madagascar

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