Le double Nouvel an malgache

Publié le par Alain GYRE

Le double Nouvel An malgache

J’ai reçu un mail m’indiquant que, depuis le jeudi 19 juillet, à 7 heures 35 précisément, nous serions dans le douzième mois malgache, celui d’Alohotsy. Ce dernier mois du calendrier d’autrefois est censé se terminer le vendredi 17 août 2012. C’est la concordance, presque parfaite, avec le mois du Ramadan 2012, qui me fit revenir plus attentivement à ce message.
Le souci, qui est un vrai problème de crédibilité pour tous les Malgaches férus de tradition, c’est que les uns et les autres proposent au moins deux dates de « Nouvel An », depuis à peu près trois ans que cette date est revenue à l’honneur dans les médias, sinon dans notre agenda. Pour le ramadan musulman, dont on peut penser que les anciens sages antemoro d’Andrianampoinimerina (1785-1810) ont apporté en Imerina les cadrages astrologiques et astronomiques, les « fourchettes » sont communiquées à titre indicatif : 22 août 2009, 11 août 2010, 1er août 2011, 20 juillet 2012, 9 juillet 2013, 28 juin 2014, 18 juin 2015. Cette prévisibilité confère un certain caractère scientifique, sachant que le cycle de la Lune ne relève tout de même pas de la pure fantaisie.
En attendant que les uns et les autres cessent de confondre humilité et humiliation, pour accepter la convocation d’un comité scientifique (universitaires, traditionnistes, membres de l’Académie Malgache, représentants internationaux des autres calendriers lunaires), il faut se rendre à l’évidence que deux « Nouvel An », dans la même année, font désordre et ridiculisent tout le monde, achevant de discréditer ce que nous voulions si justement sublimer.
Je me suis amusé à parcourir les « Soratra Vavolombelona » des Archives Nationales (volume 1, 1972 ; volume 2, 1979), unique recueil de concordance des dates en malgache traditionnel et selon le calendrier grégorien, lequel allait, d’ailleurs, s’imposer progressivement à mesure que les traités internationaux allaient se multiplier, signés à Washington, Londres ou Berlin. C’est la mobilité des dates malgaches sur le calendrier grégorien, ou le naturel décalage entre calendrier lunaire et calendrier solaire, qui s’impose comme une évidence historique, au fil des correspondances gouvernementales du 19ème siècle.
Pour les amateurs de concordance : 1er adaoro, 25 janvier, 1838 ; 1er alahasaty, 15 avril, 1833 ; 1er adalo 1861, 21 février 1862 ; 1er alakarabo, 8 mars, 1883 ; 10 alohotsy, 8 mars, 1853 ; 20 adimizana, 8 mars, 1882 ; 1er alakarabo, 8 mars, 1883 ; 13 asombola, 13 mai, 1832 ; 28 alakaosy, 13 mai, 1881. Pour les dates qui s’inscrivent dans notre « fourchette » actuelle : 14 adijady, 27 juillet, 1834 ; 9 adizaoza 1838, 27 juillet 1837 ; 20 adalo, 18 août, 1848 ; 6 alohotsy, 20 juillet, 1882. Et, pour le mois le plus remarquable dans notre imaginaire : 17 alahamady, 3 mai, 1828 ; 21 alahamady, 21 février, 1835 ; 22 alahamady 1836, 30 septembre 1835 ; 20 alahamady 1845, 28 novambre, 1844 ; 15 alahamady, 28 juin, 1856 ; 5 alahamady, 12 juin, 1867 ; 12 alahamady, 14 février, 1867.
J’ai interrogé un ami versé dans cet art : il reconnaît, pour 2012, à la fois le 22 mars et le 18 août, selon que l’on se réclame du calendrier vazimba (c’est-à-dire d’avant avant) ou qu’on s’inscrive dans la tradition instaurée par les devins Antemoro depuis le règne d’Andrianampoinimerina, vers 1802. Ce n’est pas la première fois que je regrette ici la querelle entre les uns et les autres, sachant que le succès de ce « Nouvel An malgache », dans un contexte de forte concurrence festive (Pâques, Noël, 1er janvier, etc.), doit emprunter une démarche résolument « marketing ». être efficace en s’entendant sur un comput commun ou ne pas être. Nécessaire démarche inclusive et consensuelle, parfaitement à l’image du pays.

Nasolo-Valiavo Andriamihaja

Mercredi 25 juillet 2012

L’Express

Publié dans Coutumes

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