Le hérisson et le chat sauvage

Publié le par Alain GYRE

128 Le hérisson et le chat sauvage
(Betsileo)


Le hérisson (1) et le chat sauvage accomplirent, dit-on, le serment de sang.

 

Le chat sauvage invita ensuite son camarade à venir chez lui. Il s'y trouvait de nombreux morceaux de volailles dont les deux amis mangèrent ensemble. Le repas terminé, et les deux convives rassasiés, le hérisson invita à son tour le chat sauvage.

 

Mais au lieu de le conduire dans sa maison, il le mena dans une propriété particulière se trouvaient beaucoup de citronniers :

« Voici mes fruits que je vous offre, dit le hérisson ; montez sur l'arbre pour en manger »

« Montons ensemble, dit le chat sauvage. »

« Je ne puis pas répliqua le hérisson ; mais grimpez sans crainte. »

Le chat sauvage monta dans l'arbre. Le hérisson se mit alors à entourer le citronnier d'une ceinture de piquets, pointus à l'extrémité supérieure.

« Que fais-tu là, dit le chat sauvage? »

« Je fais des pilons à riz (2) pour nos enfants, répondit le hérisson. »

Quelques instants après le hérisson se mit à crier :

« Quelqu'un qui arrive! »

Le chat sauvage entendant cela, sauta en bas de l'arbre ; mais il tomba sur la pointe des bois qui entouraient le citronnier et se tua.

 

Le hérisson coupa la cuisse du chat sauvage, en porta les morceaux aux congénères du défunt, et leur dit :

« Je vous invite chez moi à un grand repas parce que vous êtes de la même race que mon frère de sang, le chat sauvage. Voici votre part. »

Les chats sauvages acceptèrent avec grand plaisir et remercièrent le hérisson de son hospitalité. Ils mangèrent la cuisse de leur infortuné camarade :

« O bouches courtes (3), leur dit le hérisson railleur, vous mangez les os d'un des vôtres. »


 « Tuons-le, dirent les chats sauvages il nous a l'ait manger les os d'un des nôtres. «

« Ne me tuez pas ici ajouta le hérisson. Amenez-moi là-bas sur ce rocher. Les princes viennent s'amuser à l'endroit où nous sommes. Il ne doit pas être souillé par un cadavre (4). »

Les chats sauvages firent droit à cette requête, et conduisirent le hérisson sur le rocher.

Arrivé là, ce dernier disparut dans une fente qui partageait la pierre, d'où il leur cria :

« Eh ! bouches courtes, vous avez mangé les os de votre frère. »

Les chats sauvages impuissants à rattraper leur ennemi étaient irrités encore davantage par ses railleries. A bout de moyens, chacun retourna chez soi.

 

Le hérisson joyeux d'avoir, grâce à sa bonne étoile, échappé à la mort, gambadait de tous côtés.

 

Depuis cette époque, le hérisson et le chat sauvage sont restés ennemis. Les dernières
paroles que prononça le chat sauvage furent celles-ci :

 

« Gardez-vous du hérisson, ô mes enfants, mes descendants. Il nous a fait manger un de nos ancêtres. N'ayez pas de postérité de peur qu'un sacrilège pareil ne se renouvelle. »

 

Telle est la raison pour laquelle le hérisson et le chat sauvage sont ennemis.


(1) En malgache Sokina (Echinops Telfairi


(2) Le pilon à riz est une grande gaule polie aux deux extrémités, d'environ deux mètres de long.

(3) Cette expression s'applique à tous les animaux qui n'ont ni groin, ni museau pointu.

(4) Cette place est par conséquent sacrée. Aucun roturier n'oserait y séjourner ni, par conséquent, y commettre un meurtre.



 

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Recueillis, traduits et annotés par

 

Gabriel FERRAND

 

Editeur : E. Leroux (Paris) 1893

 

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