Le jeune orphelin haït par ses frères

Publié le par Alain GYRE

69 Le jeune orphelin haït par ses frères.

 

            Il était une fois un homme et une femme qui avaient sept fils. Ils étaient tous forts et beaux, sauf le dernier, Faralahy, qui était chétif et de pauvre mine.

Aussi ses frères se moquaient de lui et, quand les parents furent morts, ils le rendirent très malheureux, en lui faisant faire toutes sortes de travaux pénibles, et en le traitant, comme un esclave.

            Un jour, le pauvre garçon se mit à réfléchir et se dit :

« Mon père est mort, ma mère est morte, mes frères, qui devraient les remplacer, sont méchants pour moi, et je suis pauvre et laid. Que vais-je devenir ? Il faut que j’aille trouver Zanahary, le dieu des malgaches ».

            Donc, Faralahy commença par aller voir un vieillard, très, très vieux, nommé Rafouvatou, et lui dit :

            -Je veux aller voir Zanahary, que faut-il que je fasse ?

            Rafouvatou le regarde et, voyant que c’était un brave garçon, il lui dit :

            -Mardi sera un bon jour pour commencer ton voyage, et tu réussiras sûrement si tu écoutes bien mes conseils.

-Je les écouterai, soyez sans crainte, dit Faralahy, dites-moi ce qu’il faut faire.

-Eh bien ! quand tu seras de l’autre côté de cette grande montagne là-bas, tu verras un beau champ de cannes à sucre ; ce sont les cannes à sucre de Zanahary ; tu n’y toucheras pas, tu marcheras toujours au milieu de la route. Un peu plus loin, tu verras des moutons ; ils seront très gros et très gras. Ce sont les moutons de Zanahary ; tu les laisseras tranquilles. Quand tu seras de l’autre côté de la vallée, tu verras de magnifiques orangers avec des oranges grosses comme ta tête ; ce sont les oranges de Zanahary ; tu n’en prendras pas. Quand tu auras gravi une autre montagne, tu verras des bœufs énormes ; ce sont les bœufs de Zanahary ; tu ne leur jetteras pas de pierres et tu ne les effrayeras pas. Un peu plus loin, tu verras un beau puits plein d’eau claire et limpide ; c’est la source dorée de Zanahary ; même si tu as très soif, tu n’en boiras pas. Et quand tu seras arrivé à la demeure de Zanahary, s’il n’est pas à la maison, tu salueras sa femme, et si elle t’offre à boire, tu feras bien attention de ne pas toucher l’anse de la cruche ».

            Farahaly remercia Rafouvatou, et se mit en marche.

            Bientôt, il vit le champ de cannes à sucre, mais il resta bien au milieu de la route, et se contenta de dire : « Quelles belles cannes à sucre ! ».Un peu plus loin, il rencontra les moutons et s’écria : « Quels magnifiques moutons ! » mais sans se détourner de son chemin. Il continua d’avancer, et, voici : il vit les orangers, tout chargés d’oranges grosses comme sa tête ! il avait faim, il avait soif, mais il ne se dérangea pas de son chemin. Puis il passa devant les bœufs ; « quel superbe troupeau ! » dit Faralahy, mais sans s’approcher d’eux. Enfin, il arriva près de la source dorée, il ne put s’empêcher de s’écrier : « Quelle eau pure et limpide, comme elle doit être délicieuse ! » mais il n’y trempa même le bout de ses doigts !

            A la fin, il arriva à la demeure de Zanahary. Zanahary n’était pas à la maison ; il n’y avait que sa femme.

Faralahy la salua bien poliment et lui demanda à boire et quand on lui présenta la cruche, il ne la prit pas ; il ouvrit simplement la bouche et la servante lui versa de l’eau dedans.

Lorsque Zanahary rentra, il dit :«Que veut Faralahy, celui qui est haï par ses frère ? » 

-Seigneur, dit Faralahy, je veux être beau et fort, car les gens me méprisent.

-Est-ce que tu as vu mes cannes à sucre, en venant ici ?

-Oui, mais je n’y ai pas touché.

-Est-ce que tu as vu mes moutons ?

-Oui, mais je n’en ai point tué.

-Est-ce que tu as vu mes oranges, aussi ?

-Oui, mais je n’en ai point cueilli.

-Est-ce que tu as vu mes bœufs ?

-Oui, mais je ne leur ai point jeté de pierres.

-Est-ce que tu as vu ma source dorée ?

-Oui, mais je n’ai pas puisé d’eau.

Alors Zanahary se tourna vers sa femme.

-Est-ce qu’il vous a saluée, quand il est entré ?

-Oui, dit la femme, et très poliment.

-Quand on lui a donné à boire, a-t-il seulement ouvert la bouche sans toucher à la cruche ?

-Oui, en vérité, répondit la servante.

Alors Zanahary toucha Faralahy, et il devint immédiatement un grand et beau jeune homme de robuste apparence. Il remercia et s’en retourna bien content.

Quand il arriva à la maison, ses frères ne pouvaient en croire leurs yeux.

-Est-ce toi, Faralahy, d’où viens-tu ?

-J’étais si malheureux, que je suis allé voir Zanahary, et voilà, ce qu’il a fait de moi.

Alors les six frères se dirent :

-Nous, qui sommes déjà beaux et forts, si nous y allons aussi, certainement Zanahary fera de nous de superbes géants.

Ils allèrent trouver Rafouvatou, qui les regarda et leur dit :

-Vous pouvez partir mercredi, mais je ne vous garantis pas le succès. Cependant, si vous voulez vous abstenir de tout ce que je vous dirai, cela ira peut-être.

-Nous le ferons. Qu’est-ce que c’est ?

-Quand vous verrez les belles cannes à sucre de Zanahary, n’y touchez pas.

-C’est facile, Quoi encore ?

-Quand vous verrez les gros moutons de Zanahary, n’en tuez pas.

-Bien. Quoi de plus ?

-Quand vus verrez les énormes ranges de Zanahay, n’en cueillez pas.

-Nous n’en cueillerons pas. Autre chose.

-Quand vous arriverez près des bœufs gras de Zanahary, ne les effrayez pas et ne leur jetez pas de pierres.

-Bien sûr que non. C’est tout ?

-Quand vous arriverez près de la source dorée de Zanahary, n’y puisez pas.

-Après ?

-Quand vous entrerez dans la demeure de Zanahary, s’il n’est pas là, saluez sa femme, et si on vous donne à boire, ne touchez pas à l’anse de la cruche.

-Ca va bien ; ne craignez rien, c’est comme si nous y étions déjà et ce que nous allons être puissants !

Les six frères se mirent donc en route, et quand ils virent les délicieuses cannes à sucre, ils s’écrièrent : « Oh ! comme elles sont mûres et juteuses ! Une chacun, qui est-ce qui s’en apercevra ? »

Un peu plus loin, ils virent les moutons : « Ils sont si gras, et il y en a tellement ! Si nous n’avons rien à manger, nous ne pourrons jamais arriver au bout de notre voyage ».

Donc, ils tuèrent un mouton et le mangèrent.

Ensuite, ils virent les oranges, et comme ils avaient soif, ils en cueillirent plusieurs, et quand ils passèrent devant les bœufs, ils furent étonnés de leur grosseur ne purent s’empêcher de leur jeter des pierres. A la source dorée, ils burent à longs traits et, quand ils entrèrent dans la demeure de zanahary, ils ne saluèrent pas sa femme, mais lui demandèrent grossièrement à boire ; et quand on leur présenta la cruche, ils la saisirent par l’anse et la vidèrent tout entière.

Alors  Zanahary entra.

-Que venez-vous chercher ici, vous six ?

Les frères firent un profond salut et dirent : « Nous sommes venus, seigneur, pour que vous fassiez de nous des géants ».

-Avez-vous vu mes cannes à sucre en venant ?

-Oui, mais nous n’en avons pris qu’une chacun.

-Avez-vous vu mes moutons ?

-Oui, et nous avions si faim que nous en avons mangé un.

-Avez-vous vu mes oranges ?

-Oui, et nous avions si soif que nous en avons cueilli quelques unes.

-N’avez-vous pas jeté de pierres à mes bœufs ?

-C’est celui-ci qui en a jeté, dirent cinq des frères en montrant l’aîné.

-Quand ils sont entrés, vous ont-ils salué, madame ?

-Non, vraiment, dit la femme.

-Et quand ils ont bu, ont-ils pris la cruche eux-mêmes ?

-Oui, dit la servante.

Alors Zanahary fronça le sourcil et leur dit :

-Vous vous êtes conduits comme des animaux privés de sens, devenez des animaux.

Aussitôt l’aîné devint un lézard, le second un serpent, le troisième une grenouille, le quatrième un crapaud, le cinquième un caméléon et le sixième une chauve-souris, et ils se sauvèrent dans la forêt. Faralahy hérita de leurs biens et devint riche et puissant. Et les Malgaches terminent l’histoire par ce proverbe : Que celui qui est laid ne se décourage point ; celui qui est beau ne soit point  orgueilleux.

 

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