Conte: Le mariage

Publié le par Alain GYRE

Conte: Le mariage

43 Le Mariage.

 

Les vieux Tsimihety ne mariaient jamais leurs filles à des étrangers. La raison ? La voici.

         Les Betsirebaka viennent du Sud. Ils n’aiment pas que leurs morts soient laissés loin de Farafangana. Un vieux Betsirebaka s’installa dans l’Androna avec toute sa famille. Ils étaient en tout dix personnes. Ils avaient planté beaucoup de riz, de manioc, de patates, de saonjo, de maïs. Ils avaient élevé beaucoup de bœufs. Les Betsrebaka enrichis n’ont qu’une idée : rejoindre Farafangana « Da mimpodimpody koa rô ». un fils de notre « Farafangana » s’était marié avec une jeune Tsimohety. De cette union naquit un petit garçon. La famille Betsirebaka allait prendre le chemin du retour. La jeune mère conseillée par ses parents ne voulut pas accompagner son mari.

         « C’est trop loin, dit-elle, je risque d’y laisser mes os ! » le jeune homme affolé se refusa de rejoindre le sud sans être accompagné de sa femme. Et conseils, démarches, sollicitations, menaces se multiplièrent. Les jours passèrent. Le garçon ne voulut pas partir. La brouille s’installa entre les deux familles. Cependant la jeune femme devenait chaque jour plus belle et chaque jour l’amour que lui portait son mari augmentait : Il lui était impossible de partir, la passion l’en empêchait. Pourtant la famille Betsirebaka allait prendre une décision irrévocable : il fallait rentrer à tout prix et personne ne devait rester : ainsi le voulait les ancêtres. On décida donc de trancher la tête du jeune récalcitrant : ainsi son corps resterait chez son beau-père, tandis sa tête serait mise dans une soubique et transportée à Farafangana (1). On aiguisa le couteau, on arrêta le jeune amoureux. Il supplia, rien à faire. Il pleura, pas de pitié. La mort est dure et décourage tout le monde, même les amoureux. « Je vais vous suivre, mon père », déclara le jeune Betsirebaka. On le laissa en liberté et il rejoignit Farafangana avec ses parents. Sa femme mourut de tristesse.

         Depuis ce temps, les Tsimihety admettent difficilement les mariages de leurs enfants avec des étrangers.

         Cette coutume est-elle souhaitable ? Je crois, quant à moi, qu’il faudrait favoriser les unions conjugales entre les diverses tribus de l’Ile, afin de parvenir à une véritable unité ethnique.

 

 

(1)   Sa tête à Farafangana : les Betsirebaka sont effectivement fort exigeants pour le retour des cendres. Toutefois, il n’est jamais dans leurs intentions de provoquer la mort d’un individu indiscipliné. D’autre part, la coutume prévoit le transfert de tous les restes mortels qu’on pourrait retrouver, donc le transfert des os de la tête alors que les autres ossements sont récupérables ne se justifiera jamais devant les ancêtres.

 

 

Contes et légendes de Madagascar

RABEARISON

Administrateur Civil

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article