Le mariage de Rialy

Publié le par Alain GYRE

62 Le mariage de Rialy.

           

Rialy est un très beau jeune homme et ses parents voudraient qu’il se marie. Mais Rialy est très difficile et  ne trouve aucune jeune fille assez jolie pour lui. L’une a, dit-il, des yeux ans éclat, une autre est trop grande, une autre trop petite…Chaque fois, ses parents ont obligés de donner des cadeaux à celles qu’il a refusées.

-Puisque vous ne savez pas choisir la femme qu’il me faut, leur dit-il un jour, j’irai moi-même la chercher.

-Comment aurons-nous de tes nouvelles ? lui demande sa mère. Si tues en danger, qui nous le dira ?

-Regardez le bananier que j’ai planté devant la case, quand j’étais petit. J’ai toujours mangé ses bananes, et tous les jours, j’ai dormi à l’ombre de ses longues feuilles ; elles se balançaient au-dessus de moi, comme pour me donner de l’air. Je crois qu’il est un peu sorcier. Il vous renseignera, et il m’aidera, de loin. S’il m’arrive quelque chose, ses feuilles deviendront jaunes et remueront, même si le vent ne souffle pas.

Puis il s’en va ; il marche longtemps. Il s’arrête dans un village, dans un autre ; il assiste à toutes le fêtes, regarde toutes les jeunes filles : aucune ne lui plaît assez.

 

Un jour, fatigué et sans espoir, il s‘assoit près d’une source. Il voit arriver une jeune fille qui porte une cruche sur la tête. Pour ne pas la faire tomber, elle balance légèrement ses hanches et se tient bien droite. Pendant qu’elle marche, on entend le bruit des lourds bracelets qu’elle a aux chevilles ; son joli visage, doré comme une mangue bien mûre, est entouré de boucles noires.

Elle s’approche de la source, et fait emblant de ne pas voir Rialy ; mais elle le regarde à travers ses longs cils baissés. Puis elle prend de l’eau dans sa cruche, et se prépare à repartir.

Alors Rialy s’approche d’elle :

-Où t’en vas-tu, jeune fille ? lui demande-t-il. Arrête-toi un moment ; le soleil est chaud, et le chemin difficile à monter. Je t’aiderai à porter ta cruche.

-Tu es gentil, dit-elle. Mais si tu m’arrêtes, ce n’est pas seulement pour que je me repose…Dis-moi quel est ton nom ? moi, je m’appelle Ratanakanjolova ; j’ai quinze ans, et je suis venu chercher de l’eau pour mon père.

-Une fille doit aller chercher de l’eau pour son père, mais ne serait-elle pas plus heureuse d’y aller pour son mari ? le chemin te semblerait plus court et ta cruche plus légère…

-Sans doute, j’aimerais mieux aller chercher de l’eau que mon mari boirait ; dis-moi, tu connais quelqu’un à qui je pourrai plaire ? Je voudrais un mari qui n’aurait peur de rien.

-Oui, j’en connais un. Il s’appelle Rialy, et il a marché des jours et des jours pour venir jusqu’ici se pencher sur la source profonde, qui renverra son image et la tienne.

 

Ils se penchent sur la source ; ils voient leurs visages l’un près de l’autre, et juste à ce moment, une fleur blanche tombe dans l’eau. Les deux amoureux croient que c’est le sort qui les a unis. Rialy ramasse la fleur et la donne à Ratanakanjolova. Puis il remontent le chemin, et Rialy voit en haut de la colline une grande case au toit pointu. Ils marchent en sa taisant, mais au bout d’un moment, la jeune fille s’arrête et dit :

-Tu peux encore redescendre, Rialy. C’est ici qu’habite mon père, le roi Randriakirou. Il est aussi puissant et riche que méchant. Si tu entres ici, c’st que tu acceptes le bonheur, ou la mort.

-Je ne veux que le bonheur, ou la mort.

-Mon père t’a vu boire à la source, lui dit-elle encore. Il m’a dit d’y aller et de te ramener. Il veut me marier, mais à un homme fort et courageux ; riche ou pauvre, car lui-même est très riche.

Et elle lui montre de la main, en bas dans la plaine, tous les troupeaux, toutes les rizières, jusqu’à l’horizon.

-Tu auras trois épreuves, avant de pouvoir être mon mari. Elles sont terribles, et plus d’un homme courageux a déjà perdu. Cela m’était égal, mais toi, je t’aime, et je préfère encore que tu partes plutôt que te voir mourir.

-Pour t’avoir, je n’aurai peur de rien. Entrons.

 

Le roi les attendait. Il est très grand, et il a un beau visage cruel.

-Tu es entré, dit-il, tu ne sais pas ce qui t’attend !

-Je l’accepte, dit Rialy.

Aussitôt, le roi lance sa hache contre Rialy, mais le jeune homme, rapide et souple, se jette sur le sol. La hache va se planter dans le mur.

Là-bas, dans le village, la mère de Rialy entend remuer les feuilles du bananier. Mais elle ne perd pas confiance, car une seule d’entre elles est devenu jaune.

-Que veux-tu encore de moi ? demande Rialy en se relevant.

Randriakirou prend une grande marmite pleine de grains de riz et de sable, et dit au jeune homme :

-Il faut qu’en un moment, tu enlèves tout le sable de la marmite. Quand je frapperai dans les mains, il ne devra plus y rester que du riz.

Rialy prend la marmite et sort. Il la renverse et se met à siffler doucement. Des oiseaux viennent de tous les coins du ciel. Ils se jettent sur le riz, et commencent à l’avaler. Mais Rialy leur dit :

-Vous mettrez les grains de riz un à un dans la marmite. Il ne faut pas qu’il en manque un seul. Il ne faut pas non plus qu’il reste un seul grain de sable accroché au riz. Tout doit être terminé très vite.

Les oiseaux n’aiment pas le roi qui n’arrête pas de les chasser. Ils sont aussi les amis du bananier ; ils se mettent donc au travail. Puis ils s’envolent et Rialy n’a même pas le temps de leur dire merci.

Avant que le roi ne frappe dans ses larges mains fortes, Rialy rentre dans sa case avec la marmite pleine de riz. Le roi regarde bien et remue le riz, mais il ne trouve pas un seul grain de sable.

-Tu as encore gagné, dit-il. Le plus difficile reste à faire. Je veux que tu ailles dans la forêt et que tu ramènes Lalomena.

Lalomena est un animal terrible et personne n’a encore pu le prendre. Il mange tous ceux qui viennent près de lui.

-J’y vais, dit Rialy, mais donne-moi un petit morceau de graisse ; c’est tout ce que j’emporterai comme arme.

 

Et il s’en va, sans peur, car dans un coin de la case, il a vu Ratanakanjolova ; elle respire doucement la fleur blanche, et au-dessus des pétales, ses yeux lui sourient.

Lorsqu’il est dans la forêt, Rialy commence par ramasser beaucoup de bois sec. Il frotte les branches avec le morceau de graisse, puis il y met le feu. On sent l’odeur d’un bon morceau de viande en train de rôtir…

Rialy attend. Et, tout à coup, il voit le monstre sortir d’un bouquet d’arbres. Il a le poil dressé, de très larges pattes, et ces yeux lancent plus de flammes que le feu lui-même.

La bête n’est pas étonné de voir Rialy assis tranquillement, comme s’il l’attendait. Jusqu’ici pourtant, tout le monde fuyait en le voyant.

-Que viens-tu chercher ici ? demande Lalomena.

-C’est toi que je viens chercher. Je veux me marier avec Ratanakanjolova et le roi Randriakirou ne me la donnera que si j’ai pu te prendre. Suis-moi, je te donnerai deux bœufs bien gras et puis tu repartiras dans la forêt.

Lalomena n’aime pas le roi non plus, et les oiseaux lui ont donné un ordre de la part du bananier. Il se laisse donc passer une corde autour du cou et suis Rialy.

Lorsqur Randriakirou voit arriver Rialy avec la bête, douce comme un agneau, il est tellement étonné qu’il meurt aussitôt.

Rialy tient sa promesse et donne deux beaux bœufs bien gras à Lalomena, qu’il va choisir lui-même dans les troupeaux du roi.

Là-bas, au village, le bananier est redevenu tout vert, et tout heureux, il balance ses larges feuilles sous le vent léger. Il continuera à protéger les enfants de Rialy et de la belle Ratanakanjolova, comme il protégeait déjà leur père.

 

Répondons aux questions :

Pourquoi Rialy ne se marie-t-il pas ?

Pourquoi quitte-t-il ses parents ?

Qui renseignera ceux-ci sur ce qu’il deviendra ?

Comment ?

La jeune fille de la source est-elle assez belle pour Rialy ?

Décrivez-la.

Veut-elle se marier ?

Comment doit être son mari ?

Qui est le père de Ratanakanjolova ?

Que faut-il faire pour se marier avec la fille ?

Comment Rialy enlève-t-il les grains de sable de la marmite ?

Qui l’aide ?

Comment arrive-t-il à ramener Lalomena ?

Quel est le rôle du bananier pendant ces épreuves ?

Que devient le roi ?

 

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