2013-02-18 Le Menabe, berceau de la dynastie sakalava

Publié le par Alain GYRE

Le Menabe, berceau de la dynastie sakalava

Une des grandes divisions du pays sakalava, « dans lequel on a l’habitude d’englober le Fihe­renana et le Mailaka » (Régis Rajemisa-Raolison), le Menabe est une région d’ancienne civilisation. Deux versions sont données pour expliquer l’origine du mot. La première remonterait à avant l’époque d’Andriandahifotsy. Un des ancêtres de ce roi, blanc d’origine arabe, aurait apporté en abordant à Toliara (alors Tolimaleva), un superbe taureau rouge appelé Menabe, dont il recommande à son fils de suspendre les cornes à sa mort, sur sa tombe. « C’est depuis ce temps-là que le taureau est devenu, pour les Sakalava, l’objet d’un culte spécial, égal à celui qu’on rend aux souverains et que cette étendue du pays fut appelé Menabe ».
L’histoire connue du Menabe remonte à l’époque d’Andriamandazoala et surtout de son fils, Andriamisara. Celui-ci s’établit comme roi à Fiherenana, au bord de la rivière Saint-Vincent. Considéré par les Sakalava comme leur ancêtre divinisé après sa mort, Andriamisara fait l’objet d’un culte toujours vivace de nos jours. Son fils et successeur sur le trône du Fiherenana, Andriandahifotsy étend sa puissance jusqu’au fleuve Mangoky. Et par ses nombreuses luttes contre les autochtones de la région, les Antangondrosy, il est regardé comme le vrai fondateur de la dynastie sakalava. C’est à cette époque que l’on place la seconde version de l’origine du mot Menabe, « donné au nouveau pays qu’il a conquis, à la suite de l’immolation d’un bœuf rouge, la veille de la bataille décisive qu’il devait gagner ».
Andriandahifotsy a deux fils. L’aîné, Andriamanetiarivo, fondateur de la dynastie Volamena, prend la succession du royaume du Menabe ; le cadet, Andriamandisoarivo, fondateur de la dynastie Maroseranana, va fonder plus au nord, le royaume du Boeny.
À Andriamanetiarivo succèdent plusieurs rois du Menabe, dont Ramitraho.
D’ascendance hova, « il est fils du roi Miakala ou Andriantsorarivo, descendant des Tantsaha d’Ambohijanaka, retiré chez les Sakalava pour faire fortune à une époque difficile à déterminer ». Désigné par son père pour lui succéder en 1812, Ramitraho a d’abord à lutter contre ses deux frères, Olitasy et Kelisambay. Peu après, il a à soutenir deux expéditions de Radama 1er, en 1820 et 1822. La première est désastreuse pour l’armée hova, la seconde se termine par sa victoire sur les troupes de Ramitraho, le 13 juin 1822, près du village de Mahabo.
Ce succès est consacré par le mariage de Radama avec Rasalimo, la fille de Ramitraho et par un traité, aux termes duquel les Hova peuvent commercer librement dans tout le Menabe. Pour la petite histoire, disons que « Radama aimait sincèrement Rasalimo ; il en avait eu deux enfants, un garçon, Rabobalahy, et une fille, Raketaka qu’un parti voulut mettre sur le trône à sa mort en 1828 ». C’est pour Rasalimo que Radama fait construire la Tranovola, Palais d’argent, dans l’enceinte du Rova d’Antananarivo.
Tenace autant que souple et rusé, Ramitraho ne se tient pas, cependant, pour vaincu d’une manière définitive. En 1825, il fait molester par ses soldats les colons hova envoyés par Radama dans le Menabe. Il s’ensuit une nouvelle expédition merina, la même année. Voyant la supériorité de l’armée hova, « Ramitraho saisit l’occasion d’une escarmouche où l’un de ses neveux fut tué pour rejeter toute la faute à son parent et faire un nouveau geste de soumission au roi de Tananarive, auprès duquel il envoie son ambassadeur ».
Mais la rancœur de Ramitraho contre les Hova n’est pas éteinte pour autant et éclatera après la mort de Radama. Aussitôt, il s’allie avec son frère Kelisambay- qui s’est retiré à Mavohazo, tandis qu’Olitasy s’est rendu avec Radama en Imerina- pour attaquer les Merina. Alors que Kelisambay lynche ces derniers, Ramitraho attaque avec ses sujets les colons de la région.
« La bataille fut très chaude », et c’est au cours de cette révolte pour l’indépendance en 1834 que Ramitraho trouve la mort. Selon l’usage sakalava, après sa mort, on lui donne le nom d’Andriamahatantiarivo.

Pela Ravalitera

Lundi 18 fevrier 2013

Notes du passé

L’Express

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