Conte: Le Milan et la Poule.

Publié le par Alain GYRE

35 Le Milan et la Poule.

 

         Tout le monde en parle. Tout le monde le croit, sauf moi. Sauf moi ? oui, car je pense autrement. Voici l’affaire telle que la légende me l’a transmise.

         Une poule eut ses habits déchirés. Elle vint trouver le milan qui possédait une aiguille : elle l’emprunta. Le milan était bon prêteur. Et la poule raccommoda alors ses vêtements.

Ouvrons une parenthèse. Il fut un temps, dit-on, où la poule avait la physionomie de la femme et s’habillait comme elle, non pas comme nos dames du siècle présent qui portent des pantalons et sont ridicules, mais comme celles du temps de Jésus qui portaient de longues chemises blanches et qui étaient saintes.

La poule raccommoda donc ses habits. Mais après, que passa-t-il ? elle perdit l’aiguille. Le milan se fâcha. Il y eut querelle. La poule fut effrayée. Elle se mit à rechercher l’aiguille perdue, gratta la terre partout espérant la retrouver quelque part. et en attendant, le milan a prélevé des intérêts calculés en poussins.

On dit que le cri du milan « Filoko » peut s’interpréter ainsi : où se trouve mon aiguille ? Quand la poule entend ce cri, elle répond toujours de sa vois grave : « Oadray » (1) ce qui veut dire à peu près : « Ah ! mon Dieu ».

Conte, conte, ce n’est pas moi qui mens.

Ce sont les ancêtres.

 

 

 

(1)   Oadray : Prononcer : « ou-a-dra-i ». mot d’exclamation fort connu du Hova pour marquer l’étonnement ou pour exprimer la douleur. De toute façon, le Hova l’emploie rarement seul, car il ajoute presque toujours :  Ry Andriamanitro ! « Dans le cas présent où il est employé seul, il exprime bien l’emploi qu’en fait le Tsimihety moderne, c’est-à-dire avec son sens dénaturé, marquant beaucoup plus l’ironie que l’étonnement véritable.

 

 

 

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