Le pays où l’heure n’est jamais à l’heure

Publié le par Alain GYRE

Le pays où l’heure n’est jamais à l’heure

02/05/13 |  Fomba aman-panao

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Avant l’heure, ce n’est pas l’heure ; après l’heure, ce n’est plus l’heure. Louis XIV pour qui « la ponctualité est la politesse des rois » serait tombé raide de rage s’il avait régné à Madagascar. Le principal coupable ? Le fameux « fotoan-gasy » (retard malgache) qui crispe l’étranger, mais exaspère aussi le citoyen du cru…

 

Les Malgaches se sont fait à l’inexactitude comme ils se sont fait à la fatuité, à la suffisance, à la prétention ou à l’arrogance de certains donneurs de leçons. D’où la première consigne à tout nouveau venu : ne pas s’énerver ! Tout retard à un rendez-vous, qu’il soit de dix minutes, trois quarts d’heures, deux ou trois heures, voire plus, s’explique par un problème universel, celui de la montre. Il y a bien un temps universel (TU), mais Greenwich étant au diable vauvert, chacun se débrouille pour ses rendez-vous comme il peut. C’est une vérité universelle, valable autant dans les gares et les aéroports que dans les bureaux et (surtout) les relations humaines. Le seul et plus grand ponctuel connu est l’amoureux, surtout transi. Il attendra jusqu’à ce que ses fleurs se fanent.

 

Le respect de l’autre commence par le respect de la montre de l’autre. Si tout un chacun respecte la montre sur laquelle autrui se règle, le monde en sera plus serein, débarrassé du syndrome de la rigueur. Le premier signe de cette culture pernicieuse de notre temps serait la ponctualité, reste à savoir à quelle aune la juger. L’heure du général n’est pas l’heure du caporal. L’heure du boss n’est pas celle du planton.

 

Quant à l’heure d’arrivée des avions ou des trains ou des… fonctionnaires, le DSLS (Dieu seul le sait) est le lot commun de tous les citoyens du monde. Evidemment, si vous ne découvrez Madagascar qu’à travers des cinqétoiles qui vous servent le pastis vespéral dans la minute ou à l’heure dite, vous serez perdu dans les campagnes qui fonctionnent avec une autre montre. C’est le rythme tranquille des gens qui prennent le temps de faire cuire du riz, au lieu de la bouffe aussi onéreuse que malsaine des sandwiches et des trucs à la MacDo.

 

L’image « Nous serons arrivés le temps de cuire deux fois du riz ». Cela en fait de la marge ! Cela vous change de la course effrénée du métro-boulot-dodo. C’est le rythme lent de la marche à pied et des boeufs des charrettes. Ici, ce n’est pas le circuit du Mans ni les autoroutes. La montre est le parfait symbole d’une culture tueuse, le culte de la vitesse. On veut toujours aller plus vite que la trotteuse tant et si bien qu’on va droit dans les murs. Des peuples se lèvent dès la première stridulation d’un réveil, mais d’autres comme à Madagascar, se réfèrent au premier chant du coq ou aux premiers coassements des grenouilles. Pour en finir avec la malédiction du stress, il faut se rabibocher avec la sérénité. La Nature est toujours restée l’alma mater, la mère nourricière. Pour la redécouvrir, il faut quelquefois… casser sa montre.

 

 

 

 

 

 

Mamy Nohatrarivo

(article publié dans no comment magazine n°40 - Mai 2013 ©no comment éditions)

 

No comment&éditions est une maison d’édition malgache créée à Antananarivo en novembre 2011.

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