Le père Etienne, le bouc émissaire des colons

Publié le par Alain GYRE

Le père Etienne, le bouc émissaire des colons

 

Les Compagnies de l’Orient puis des Indes orientales, se sont ruinées dans leur tentative de coloniser Madagascar. Échec qui, selon le RP Engelvin, s’explique par le fait que la Grande île « ne pouvait pas payer ses frais dans un siècle qui n’avait pas, au même degré que le nôtre, des capitaux et des ressources qui permettent d’attendre un retour de la fortune ».

La colonisation n’a pas le succès qu’on en attend et par la suite, l’évangélisation non plus.

Une autre explication, indique le RP Engelvin, est la manie des Français de se quereller entre eux. « Défaut national atavique » que Montaigne dépeint ainsi : « Mettez deux Français dans le désert de Libye, avant deux mois, ils s’égratigneront le nez ! » Et c’est bien ce qu’ils ont fait à Fort-Dauphin.

Pronis, Flacourt, Vacher de la Case sont vilipendés, accusés de ne pas respecter les prêtres de la Mission. De même, ces derniers sont vivement critiqués, en particulier le père Etienne parce qu’il se fait massacrer avec une dizaine de compagnons, tant français que malgaches, par un roitelet qu’il presse de se convertir. On ne lui accorde même pas la faveur des circonstances atténuantes : « Il était prédestiné au rôle de bouc émissaire ! »

Les premiers à l’accuser sont quelques mécontents parmi les colons de Fort-Dauphin, « mais qui changèrent de sentiment après en avoir discuté avec le père Manié ».

Vient ensuite l’abbé philosophe Raynal qui n’édite qu’en 1770- soit cent-six ans après la mort du père Etienne- son « Histoire philosophique des établissements des Européens dans les deux Indes ». Ouvrage qui « n’est qu’une élucubration partiale et non un véritable document historique ».

Il y a enfin quelques historiens modernes qui ne semblent avoir lu que Raynal.

Toutefois, des chroniqueurs honnêtes se dépêchent de justifier le père Etienne. Le gouverneur de Champmargou qui vit au total vingt-deux ans à Fort-Dauphin, partage les vues du missionnaire. Mieux, il lui donne une escorte de dix hommes et après le drame, mobilise tous ses hommes disponibles pour aller châtier Dian-Mananghe.

Martin arrivé à Fort-Dauphin en 1665 et Souchu de Rennefort le soutiennent également. Ce dernier publie un « exposé simple et clair, bien différent du récit controuvé des différents auteurs modernes qui ont écrit sur Madagascar en copiant, sans réserve aucune, les réflexions dictées par l’esprit philosophique et anti-chrétien de Raynal dans son Histoire des Indes ».

Il y a aussi Carpeau du Chaussay qui est l’ami intime de La Saunière qui est tué à côté du père Etienne.

En fait, les gens de Fort-Dauphin ne savent ce qui s’est passé que par le récit du seul Malgache échappé au massacre.

À cette époque, la colonie de Fort-Dauphin se débat dans une mauvaise passe. Depuis longtemps, les Antanosy décident de se débarrasser de tous les Français. « Trop confiant, le père Etienne alla pour ainsi dire au devant du sacrifice. »

Pendant près de deux siècles, le Sud malgache ne sera plus visité que par les pirates et les négriers. L’anarchie continue à régner sur les tribus turbulentes de ce pays déshérité par la nature. Les Pères lazaristes ne reviendront à Fort-Dauphin qu’avec l’arrivée des troupes françaises venues pour « pacifier » la Grande île.

 

 

 

Pela Ravalitera

 

Mardi 27 août 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

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