2013-12-16 Notes du passé: Le réel danger présenté par l’évacuation des excrétas

Publié le par Alain GYRE

 

Le réel danger présenté par l’évacuation des excrétas

Depuis 1954, l’accroissement de la population tananarivienne accuse une courbe ascendante brutale. D’après des études entreprises par de nombreux ethnologues, cela s’explique d’une part, par une croissance naturelle et de l’autre, par des mouvements migratoires campagne-ville.

Selon Gerald Donque de la Faculté des Lettres et des sciences humaines d’Antananarivo, il y a un fort excédent des naissances sur la mortalité. Effectivement, 1800 à 1900 mariages sont célébrés chaque année dans les mairies de la capitale, avec un maximum aux mois d’avril, juillet et décembre « qui correspondent aux vacances scolaires et aux congés des travailleurs ».

Les femmes se marient beaucoup plus jeunes que les hommes. En 1966, 36% des jeunes filles convolent en justes noces avant leurs 19 ans. Pour la même tranche d’âge, la proportion des hommes est de 3% : l’âge moyen de la femme célibataire au mariage est de 22 ans, celui de l’homme de 27 ans. « Dans l’ensemble, le comportement de la population tananarivienne à l’égard du mariage n’a guère varié depuis quelques années. » Le mariage s’accompagne d’un concubinage important, « surtout chez les classes les plus démunies des quartiers populeux de la périphérie ».

L’habitude dans les ménages, légitimes ou non, d’avoir beaucoup d’enfants se traduit par une très forte natalité. Parallèlement, le taux de mortalité baisse de

22 pour 1000 en 1941 à 9,87 pour 1000 en 1966 et entre les deux dates, le nombre de décès reste quasi stationnaire (respectivement 3064 et 3024). Cette régression de la mortalité est partagée par la mortalité infantile. Cette chute des taux de mortalité tient en grande partie à un incessant effort de prophylaxie de la part des services spécialisés, notamment le Bureau municipal d’hygiène.

Cependant, le problème sanitaire et d’hygiène demeure fondamental dans la capitale, en raison du

« bas niveau moyen de vie et du manque d’information en matière d’hygiène » de la population, mais aussi de certaines conditions défectueuses persistantes.

Gerald Donque cite plusieurs points à ce sujet. Le système d’égouts est quasi inexistant. Il n’y a que

202 km de canalisations, dont 75 km à ciel ouvert et elles charrient indistinctement eaux pluviales et eaux usées.

L’ensemble se déverse en partie dans deux pièces d’eau, les lacs Anosy et de Behoririka. Il finit par se jeter dans l’Ikopa, en amont d’Antananarivo, par l’intermédiaire de canaux servant à la fois à irriguer les rizières en saison sèche et à évacuer les eaux de pluie « ou les eaux sales en toutes saisons » !

Autre point signalé par Gerald Donque : le caractère dangereux du système d’évacuation des excrétas. L’immense majorité des maisons tananariviennes ne dispose que de fosses perdues, dont les infiltrations et les suintements incontrôlés présentent un réel danger.

« Surtout, mal abritées, ces fosses sont fréquentées par une grosse mouche verte- la Chrysomia putoria- qui y pond et dont les adultes vont ensuite butiner les fruits, les légumes, les divers aliments ! »

Il parle d’ailleurs des conditions d’hygiène insuffisantes dans lesquelles sont présentés et vendus les produits alimentaires sur les marchés et dans certaines boutiques, le manque de discipline de la population qui fréquemment souille, « de toutes les manières possibles », la voie publique, la multiplication des chiens errants, la tendance à ne pas déclarer spontanément les maladies contagieuses, l’insuffisante répartition de l’eau dans la ville qui explique la lessive dans la rivière ou dans les canaux d’irrigation…

Enfin, il évoque le ramassage défectueux des ordures qui livre celles-ci, la nuit venue, aux chiens errants, aux rats et… aux chiffonniers. En fait, les services sanitaires ont fort à faire et leur action porte en priorité sur la lutte contre les différents vecteurs de maladie, la désinfection sanitaire des maisons où des maladies contagieuses sont signalées, la protection des denrées alimentaires de toutes sortes, la vaccination obligatoire dans les écoles et les campagnes d’information en matière d’hygiène et de médecine.

 

Pela Ravalitera

Lundi 16 decembre 2013

L’Express

Publié dans Notes du passé

Commenter cet article