Le roi Ramikiloke

Publié le par Alain GYRE

61 Le roi Ramikiloke.

 

         Depuis des jours, la pirogue glisse sur le grand fleuve. Les hommes chantent au rythme de leurs pagaies :

« Vole la pirogue

Sur l’eau

Du fleuve.

Vite, pagayeur

Vite

Fais aller

Ta pagaie. »

         Et la pirogue passe près de la rive ; et le long du fleuve, une foule rassemblée regarde venir le roi Ramikiloke. Il porte sur son front le coquillage blanc national, et contre son pagne noir et violet, il tient un lourd fusil à clous d’or.

         Ce roi est si beau qu’il n’a pas encore trouvé de la femme qu’il lui faut. Alors, un jour, il est parti, dans sa grande pirogue, chercher celle qui pourra, enfin, devenir la reine.

 

         A l’arrivée de la pirogue royale, les jeunes filles viennent toutes sur la rive. Comme elles ont bien attaché leurs cheveux, en nattes et en petits chignons parfumés et graissés ! elles portent leurs plus beaux lambas, à fleurs jaunes, blanches ou rouge ; à leur cou, elles ont mis des colliers à trois rangs, et passé toutes les amulettes (1) de leur tribu dans une ficelle d’aloès : dents de caïmans creusées, pleines de philtres (2) d’amour, de morceaux de bois précieux, de racines sacrées, et de pierres de toutes les couleurs…A leurs bras, à leurs chevilles, elles ont de lourds anneaux d’argent.

         Mais le roi ne semble pas les voir. Il passe indifférent sur sa pirogue, qui jamais ne s’arrête sur la rive. Le soir tombe et la lune renvoie son image sur les eaux du fleuve. Au bord de l’eau, les arbres prennent de longues formes noires. Le roi commande à ses hommes d’aller moins vite. On arrive près d’un village et il décide d’y passer la nuit. Il est fatigué de chercher, et pense maintenant qu’il ne trouvera jamais celle qu’il cherche.

 

         Sur la rive, trois jeunes filles regardent la pirogue. La plus grande dit au roi :

         -Je suis celle que tu attends, et la nuit t’a conduit vers moi. Je suis belle, et je sais faire cent nattes avec un seul roseau, cent lambas avec le fil d’une seule araignée.

         La deuxième, un peu moins grande, se met à chanter ses qualités :

« Si je regarde les roseaux,

Les nattes se font

Toutes seules.

D’un seul rayon de lune

Je fais tous mes lambas. »

La plus petite dit enfin :

-Pour faire une natte, il me faut des jours et des jours, et je n’ai pas assez d’une année pour tisser un lamba. Et je ne voudrais pas être la femme d’un roi qui passe son temps sur une pirogue, parce que sans doute, il est infirme !

-Menez la pirogue sur la rive ! crie aussitôt le roi.

Je veux voir de près celle qui se moque de moi.

         Mais lorsqu’il arrive près d’elle, toute sa colère tombe, et il n’a plus dans le cœur qu’un grand amour. Elle n’est pas belle, et toute petite. Elle ne porte pas un bijou, seulement un coquillage blanc sur la poitrine.

         Le roi s’approche d’elle et lève le bras pour la saluer :

         -Tu seras la reine de mon pays, dit-il, comme tu es déjà la reine de mon cœur.

         …Sur les eaux du fleuve, la pirogue glisse, emmenant le roi Ramikiloke et sa future femme.

 

 

Notes :

(1)   Amulette : petit objet qu’on porte sur soi en pensant qu’il protège contre la maladie, le danger.

(2)   Philtre : boisson magique qui rend amoureux celui qui le boit.

 

 

Répondons aux questions :

Où se trouve le roi Ramikiloke ?

Que cherche-t-il ?

Qu’a-t-il sur le front ?

Qui a le même objet dans le conte ?

Décrivez les jeunes filles qui attendent le roi au bord de l’eau ?

Que pensez-vous des deux premières jeunes filles du dernier village ?

Que dit la plus petite des trois ?

Qui le roi choisit-il ?

Quelle leçon tirez-vous du conte ?

 

 

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