Le Sanglier vaincu ou l'origine du Cochon.

Publié le par Alain GYRE

251 Le Sanglier vaincu ou l’origine du Cochon.
Recueilli dans le cercle de Maevatanana

Fatigués de fouiller la terre, des sangliers se vautraient au pied d'un arbre, car il faisait chaud.

« Si des chasseurs survenaient en ce moment, dit un vieux sanglier, ils tomberaient sur nous à l'improviste, nous perceraient de leur lance, nous frapperaient de leur massue, nous étendraient tous raides morts. »

« A quoi bon, nous chercheraient-ils, dit une vieille laie ? ce sont des pièges qu'ils nous tendent; ils creusent une fosse profonde dans le sentier que nous suivons pour fuir, la recouvre d'herbes et nous y tombons tous. »

« Dites,. la. vieille mère, interrogea un jeune sanglier qui n'avait qu'un petit, quefont-ils de nous quand ils nous ont pris au piège? »

« Si nous cherchons à les mordre, ils nous tuent, mais si, pleins de frayeur, nous ne bougeons pas, ils nous attachent et nous conduisent chez eux, retenus par une corde répondit la laie. »

« Et que nous font-ils, lorsque nous arrivons dans leur maison ? »

« Si nous sommes maigres et pas encore bons à manger, ils nous donnent une nourriture abondante. Matin et soir, ils nous offrent du son et du manioc et mettent du sel dans les aliments qu'ils font cuire exprès à notre intention pour nous coucher, ils jettent par terre une molle litière. »

Le jeune sanglier et son petit semblaient sourire d'aise au récit de ce traitement royal.

Tout à coup, un bruit de pas se fit entendre toute la bandé prit la fuite.

Le premier moment d'émotion passé, le jeune sanglier et son enfant tournèrent la tête et virent deux chasseurs.

Ils se souvinrent des paroles de la vieille laie, et s'arrêtèrent au lieu de fuir, tandis que tous leurs compagnons avaient disparu.

Les deux chasseurs fort surpris de voir ces jeunes sangliers qui ne témoignaient aucune peur, ne les frappèrent pas mais s'écrièrent en plaisantant :

«  Pourquoi cette famille nous attend-elle au lieu de fuir ? »

Le sanglier répondit :

«  Si nous sommes maigres, on nous a conté que vous ne nous ferez pas de mal, mais que vous nous emmènerez dans votre maison, attachés par une corde. »

Les chasseurs éclatèrent de rire.

«  Pour le coup, mon cher, les sangliers commencent à devenir bêtes, dit l'un d'eux, en s'asseyant. Est-ce que vous vous figurez qu'une fois dans notre maison, vous vous échapperez jamais? »

« Vous nous rassasierez, matin et soir, reprit le sanglier, avec du son et du manioc. »

La joie des chasseurs augmenta.

« Savez-vous, dirent-ils que même si on ne vous tue pas, si on vous laisse vous multiplier, un couteau sera toujours préparé au pied du grand poteau de la case, et tous vos descendants auront le même sort. »

« Vous mettrez du sel dans les aliments que vous ferez cuire pour nous, s'écria le petit marcassin; vous nous donnerez une molle litière pour nous coucher. »

« Assez parlé, dirent les hommes, ce sont des sangliers vaincus, et ils les poussèrent doucement pour monter au village.

Cet étrange cortège excita l’étonnement des gens qui demandèrent :

« Hé! Qu'est-ce que cela ? »

« Ce sont des sangliers vaincus. Messieurs. »

« Des sangliers vaincus, et comment ? »

« Des sangliers vaincus par leur gourmandise, Messieurs. »

On étouffa de rire en écoutant ce récit et on se pressa pour voir les sangliers vaincus.

Ne les appelons pas sangliers vaincus, fit la foule, car ils semblent bons et doux, appelons-les cochons.

 

Telle est l'origine des cochons que l'on nomme Lamboresy (sangliers vaincus).

 

Contes de Madagascar

Charles RENEL (1866 – 1925)

Librairie Ernest LEROUX

PARIS

 

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