Le tsapiky: entre le village et le global

Publié le par Alain GYRE

Le tsapiky: Entre le village et le global

Mardi, 14 Août 2012

Entre l'Afrique et la Grande Île, la campagne et la ville, le monde des vivants et l'Au-delà, le tsapiky de Tuléar à Madagascar est fondé sur de multiples interactions et d'incessantes circulations. " Ce style est le fruit d'une mondialisation musicale avant l'heure, révèle l'ethnomusicologue Julien Mallet. Il est né de la rencontre, dans les années 1970, entre musiques africaines et musiques villageoises, elles-mêmes issues des nombreuses sphères d'influences ethniques de la région." À cette époque, la côte sud-ouest de Madagascar capte surtout les ondes radiophoniques du continent voisin.

Grâce à ce décloisonnement techno - logique nouveau, les succès Sud-Africains, relayés par des accords de diffusion passés entre les maisons de disques africaines et malgaches, viennent renouveler l'inspiration des artistes traditionnels tuléarois. Ainsi, un musicien sud-africain, Lulu Masiléla, imprime durablement sa marque dans les répertoires locaux, au point de susciter un genre musical à Tuléar, appelé le " Lulu ". L'industrie discographique malgache reprend cette dynamique à son compte. Elle produit des 45 tours avec des titres de "Pecto ", l'ancêtre du tsapiky, et apporte un public extrarégional aux artistes locaux. Mais les hommes d'affaires sont versatiles et, bientôt, les éditeurs de la capitale délaissent la musique malgache pour presser de la variété occidentale sur leurs galettes de vinyle. Privés d'audience nationale, les musiciens de Tuléar restent très actifs au niveau régional où leur art est indissociable des cérémonies traditionnelles. Ils animent et sonorisent, à coup d'avalanches de décibels, les mariages, les circoncisions et surtout les funérailles. Les groupes musicaux occupent une place centrale dans le dispositif de ces fêtes joyeuses mêlant danses, agapes et ostentations pour rendre hommage aux disparus. Le tsapiky, lancinant et prolongé - les performances durent trois jours sans interruption -, permet aux participants de rejoindre, dans des quasi transes, un état de conscience proche de celui des défunts. " Le mouvement artistique s'organise selon une circulation continue entre les campagnes et la capitale provinciale, explique le chercheur.

Les musiciens, d'origine rurale, viennent à la ville pour intégrer des orchestres et s'associer à des managers locaux - organisateurs de tournée et propriétaires des instruments et du matériel -, afin de produire des titres sur K7, nécessaires pour se faire connaître et désirer dans les villages où ont lieu la majeure partie des cérémonies ". Sans délaisser leur rôle traditionnel local, les artistes de tsapiky profitent de la vague technologique des années 2000 pour élargir leur audience. Des années après l'irruption de Lulu Masiléla dans le paysage musical de Tuléar, certains d'entre eux ont pris le train de la world music, à coup de video clips, de sites web, d'implantation dans la capitale nationale ou de tournées dans le monde.

Références :

IRD / J. Mallet

Sciences au Sud - Le journal de l'IRD - n° 65 - juin/juillet/août 2012.

 

Publié dans Musique

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