Le voay, le caïman, et Tandraka, le hérisson

Publié le par Alain GYRE

64 Voay, le caïman et Tandraka, le hérisson.

 

Tandraka, le hérisson, se promène au bord de la rivière. Dans les prairies, des petits Sakalaves gardent les troupeaux de bœufs à bosse ; ils s’amusent à fabriquer des jouets en argile ; de loin, on entend leurs chants qui se répondent.

Au bord de l’eau, la brise souffle sur les larges feuilles de ravenales. Mais tout cela, la beauté du paysage, le doux bruit des arbres sous le vent, n’intéresse pas Tandraka. Il, aimerait mieux trouver un ver de vase au bout de son groin… « Ventre affamé n’a pas d’oreilles », dit-on.

« Ventre affamé a la vue courte aussi. » Tandis qu’il se régale, Tandraka vient de se buter contre un gros tronc d’arbre. Un drôle de tronc d’arbre, avec deux petits yeux brillants, et des immenses mâchoires !

Le hérisson a très peur : il vient de reconnaître son plus grand ennemi, le caïman Voay, et il se rend compte qu’il ne peut plus se sauver. Mais il reprend courage et dit à l’autre aimablement :

-Cher aîné, excusez-moi de vous déranger pendant votre sieste, mais je voulais être le premier à vous saluer et à vous rendre visite aujourd’hui.

Voay, heureusement, est de bonne humeur, car il a pris, ce matin, un très bon repas.

-Cher Cadet, lui répond-il, je suis très flatté et très heureux de pouvoir parler avec vous. Il y a peu de gens intelligents au bord de la rivière : tous ont l’air d’avoir peur de moi, je me demande pourquoi !

Pendant un long moment, ils continuent à se faire beaucoup de compliments, et finissent par devenir de bons amis : chacun invite l’autre à dîner. Voay, comme il est l’aîné, recevra le hérisson le premier.

 

Quand ce jour arrive, Tandraka se dépêche d’arriver chez le caïman, car il est sûr de faire un très bon repas. Mais Voay n’a rien préparé : il voit un bœuf imprudent qui s’est échappé d’un troupeau, et qui boit à la rivière. Tandis que la pauvre bête trempe son museau dans l’eau, le caïman court la saisir par les cornes et l’assomme avec sa vilaine queue dure. Puis il invite le hérisson à manger l’animal avec lui. Tandrka, qui n’est pas habitué à cette nourriture, avale quelques petits morceaux, tandis que l’autre dévore tout le bœuf en quelques bouchées. D’habitude pourtant, le caïman emporte ce qu’il a pris dans l’eau, et le laisse longtemps pourrir, avant de le manger, chacun le sait.

 

Quelques jours plus tard, c’est Voay qui va chez Tandraka. Le petit hérisson a beaucoup travaillé pour recevoir un si grand seigneur ; il a pris tant de sauterelles et d’insectes ! malheureusement, quand Voay aperçoit ce repas, il se met en colère ;

-Tu te moques de moi ! crie-t-il. Ce dîner n’est même pas suffisant pour faire remuer mes mâchoires.

-Hélas, cher seigneur, c’est tout ce que j’ai pu prendre. Acceptez-le, car je vous l’offre de très bon cœur.

-Tu n’es qu’un impoli et un ingrat. L’autre jour, je t’ai donné un bœuf bien gras que tu as dévoré sans presque rien me laisser, et c’est tout ce que tu m’offres ! je n’en veux pas.

Et, d’un seul coup de mâchoire, le caïman avale toutes les provisions que le pauvre hérisson a eu tant de mal à faire, pendant plusieurs jours.

 

Tandraka a peur, mais il est furieux surtout, et il renifle de colère.

-Au lieu de t’excuser, voilà que tu renifles maintenant, dit Voay. Non seulement tu es avare, mais tu es laid avec tes petits yeux minuscules.

-Tu devrais te regarder toi-même, au lieu de me critiquer…Tu es aussi bête que la pintade qui se moque du serpent et pourtant, tous deux ont des taches, lui répond Tandraka.

-A ce moment, Voay se souvient de la pintade : autrefois elle s’est moqué de lui, elle aussi. Très en colère, il ouvre ses grandes mâchoires pour avaler le hérisson. Mais il n’a pas pensé au danger, le caïman ; aux « aiguilles » du hérisson qui pourraient le piquer…

Tandraka se met aussitôt en boule et se jette lui-même dans la gorge de Voay. Il se hérisse si bien que le caïman est tué par les piquants.

Le hérisson ressort tout fier et tout joyeux du corps de son ennemei. Il rentre chez lui, dans le trnc d’arbre où l’attendent Madame Tandraka et tous les petits Tandrakas, , et leur apprend une chanson qu’il a inventée en chemin :

« Le petit est plus fort que le grand

Je n’ai pas peur du caïman

Et l’esprit vaut mieux

Que la force. »

Depuis ce temps, les femmes malgaches, quand elles voient un hérisson dans la vase de la rivière, n’ont pas peur d’y prendre de l’eau : elles savent bien que le caïman n’ouvrira pas ses grandes mâchoires pour les dévorer tant que le petit animal sera là.

 

 

Répondons aux questions :

 

Expliquer le proverbe : « Ventre affamé n’a pas d’oreilles ».

Comment Tandraka et Voay se rencontrent-ils ?

A quoi ressemble le caïman ?

Tandraka a très peur de Voay, mais il est courageux : montrez-le

De quoi se nourrit le hérisson ?

Que mange un caïman ?

Voay a beaucoup de défauts : les quels ?

A quoi les voyez-vous ?comment Tandraka se débarrasse-t-il de Voay ?

« L’esprit vaut mieux que la force » : expliquez la phrase de Tandraka d’après son histoire.

 

 

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Publié dans Contes du monde entier

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zanatany47 14/11/2011 17:58


Bravo et bienvenue à votre blog.Les articles Y sont lisibles et les photos sont belles.Bonne continuation.