Le zébu, bête rituelle à usages multiples.

Publié le par Alain GYRE

Le zébu, bête rituelle à usages multiples

Rien ne se perd chez le zébu, « l'aîné des bêtes », tout est utilisable et utilisé. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles, du moins en Imerina, cet animal domestique est très apprécié et très bien entretenu. Outre le fait que c'est un objet de sacrifice par excellence, tout en étant un symbole de richesse, le zébu fournit la matière première nécessaire à la fabrication de produits d'usage quotidien au fur et à mesure que la société évolue.
La peau travaillée fournit aux Merina le cuir pour le « filanjana » et les sandales; les cuillères, anses de couteau, peignes, étuis à poudre et tabatières, bols sont fabriqués avec les cornes; la brillantine et l'huile d'éclairage avec la moëlle et la graisse; le
« fandalodrary », instrument à polir les nattes et les paniers tressés, avec la mâchoire; le « fofy », objet pointu pour séparer les raies avec le fémur; les balles avec le sabot; le béret avec... le haut de la peau de la bosse; le fouet avec sa queue et avec les poils de celle-ci, on piège les oiseaux; le savon avec le gras; la poudre à fusil avec le sang et le « taimboraka » (restes de nourriture qui se trouvent dans la panse du bœuf quand on le tue); le salpêtre avec l'urine et autres déchets, sans oublier l'engrais naturel qu'on en obtient. La viande, enfin, est vendue au détail au marché.
Les méthodes utilisées dans ces fabrications artisanales sont des plus archaïques et en règle générale, tout passe par la cuisson. On imagine d'ici l'odeur et la fumée que devaient dégager ces préparations, plongeant tout le village dans une atmosphère assez particulière. Pour le travail de la corne, par exemple, on commence par l'amollir au feu pour mieux la découper au couteau, avant de la brûler à nouveau pour qu'on puisse la pétrir et lui donner la forme voulue, pas à mains nues évidemment mais à l'aide d'un bout de bois.
Les fabricants de ces ustensiles, raconte-t-on, constituent une véritable corporation et s'enrichissent rapidement puisque leurs produits coûtent d'un « voamena » (24e partie de la piastre) à un « lasiray » (16e partie de la piastre). Cet enrichissement pourrait aussi s'expliquer par la fragilité du produit qui se casse au moindre choc. En tout cas, c'est un bon débouché pour les cornes- au sens propre- de l'Imerina.
Pour obtenir de la brillantine, après avoir découpé les os, on les fait cuire pour que la moelle s'en détache: on la récupère, la laisse refroidir et on l'écoule telle quelle sur le marché. Quand arrive la cérémonie du Bain royal, les familles aisées achètent une grande quantité de viande grasse- sinon un zébu entier- pour en retirer tout le gras qui leur sert à « traiter » les cheveux quand elles les tressent. Car ces nattes- en véritables rastas que sont les Merina- ne seront dénouées qu'à la prochaine fête du Fandrona! Cette préparation doit se faire avec précaution, car si la cuisson ne dure pas assez, gare à la chute des cheveux. Autre préparation-maison toujours à partir des os, exactement des fémurs, celle de l'huile d'éclairage, le « solika ». Si le zébu est gras, un membre peut en fournir facilement une grande bouteille.
C'est aussi avec le gras mais ajouté de chaux et de cendre que l'on fabrique le savon (savony gasy). On verse de l'eau sur la chaux mélangée de cendre, on tamise et on y verse le gras avant de le faire cuire. On verse la pâte obtenue dans un moule à forme oblongue. On démoule et on le vend en carrés au marché. C'est avec ce produit artisanal, dit-on, qu'on s'initie au commerce et à l'investissement.
Quant à la poudre pour balles, elle est préparée à partir de l'urine mélangée à de la terre, du « taimboraka » et autres déchets animaux. Après la cuisson, on obtient le salpêtre. Il est à préciser que ce sont les femmes célibataires qui sont chargées de ce travail car elles sont plus disponibles.
La procédure à suivre est assez longue: chaque territoire a son point de collecte où la population apporte ses préparations. C'est là qu'on procède à la cuisson avant de l'amener à Ankatso où le produit est découpé en morceaux. Ceux-ci sont enfin dirigés vers Isoraka où une poudrière les moule pour en obtenir le produit fini. Cette « industrie » est assez dangereuse car c'est une matière inflammable et de nombreux ouvriers, tant à Ankatso qu'à Isoraka, en sont victimes.
Depuis Andrianampoini­merina, la poudre est conservée à Soavinandriamanitra (Ambo­himanga), Soaniadanana (Ilafy), Ambodivoanjo et Ankorahotra (Antananarivo).

Pela Ravalitera

Mercredi 11 janvier 2012

L’express de Madagascar notes du passé

 

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