Les brodeuses de l’Anosy

Publié le par Alain GYRE

Les brodeuses de l’Anosy

(17-01-2014)

Qu’elles se nomment Kirisy, Guerceline ou Augustine, ce sont aujourd’hui de véritables artistes. Des « petites mains » continuellement affairées, qu’il s’agisse de remonter l’eau du puits, de couper le bois ou de prendre un soin fou à broder un coussin, un sac à main, un bracelet…

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© no comment ®

 

Simples paysannes à la base au village de Sainte- Luce, à 60 km au nord de Fort-Dauphin (Tôlanaro), elles sont devenues d’authentiques brodeuses après avoir bénéficié du programme de formation Stitch Sainte Luce, initié en juin 2012 par l’ONG Azafady. Un programme dont l’objectif était d’implanter de nouvelles sources de revenus dans ce village de l’Anosy - en fait trois hameaux - qui n’a cessé de voir ses ressources naturelles diminuer sous l’effet conjugué de la sécheresse et de la déforestation. Onze femmes, âgées de 19 à 60 ans, se sont portées volontaires et au bout de 60 sessions de travail ont fini par maîtriser l’ensemble du métier, de la conception des motifs aux points proprement dits.

 

« Je n’avais jamais tenu une aiguille de ma vie », confesse Méline, 28 ans, mariée et mère de trois enfants au hameau d’Ambandrika. Aujourd’hui, ses créations sont exposées dans les meilleurs hôtels de Fort-Dauphin. Et les commandes affluent. À telle enseigne que c’est son mari qui doit désormais s’occuper de la cuisine et du ménage.

 

C’est d’ailleurs le cas pour la moitié des femmes qui ont suivi la formation, quatre conjoints ayant même appris à broder afin d’assister leur épouse ! L’inspiration puise dans le quotidien le plus prosaïque des villages de l’Anosy avec ces dessins de grenouilles, de canards ou de lémuriens. Ce qui n’exclut pas le recours à une stylisation plus complexe sur fond de motifs géométriques. On retrouve dans leur travail l’influence du tissage mahampy, un roseau des marais utilisé traditionnellement pour confectionner paniers, chapeaux ou tapis. Grâce à ce revenu d’appoint, Vola Esterline, 53 ans, contribue largement au budget de sa famille - neuf enfants et douze petitsenfants - sans plus avoir à parcourir les 15 km qu’elle faisait une fois par mois pour vendre ses nattes en roseau au marché local. Aujourd’hui, tout passe par l’atelier de Sainte-Luce où ses broderies sont proposées au public sans intermédiaires inutiles, selon le principe du commerce équitable.

 

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Aujourd’hui, la réputation des brodeuses de Sainte- Luce dépasse largement le cadre de l’Anosy. En octobre dernier, leurs créations ont figuré à Londres dans le cadre d’une exposition textile prestigieuse, le Knitting and Stitching Show qui a attiré plus de 33 000 visiteurs. L’événement a été un franc succès pour Stitch Sainte Luce et de façon générale pour l’association Azafady engagée depuis plusieurs années dans le Sud-Est, dans des projets relevant aussi bien de la protection de l’environnement que de la prévention du VIH/ Sida. La prochaine étape pour Stitch Sainte Luce est de développer un véritable marché international de la broderie de l’Anosy et d’y amener les femmes d’autres villages. Ce que femme veut…

 

 

Lisa Bass

(article publié dans no comment magazine n°48 - Janvier 2014 ©no comment éditions)

 

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