Conte: Les deux fils ont rompu

Publié le par Alain GYRE

26 Les deux fils ont rompu.

 

Toto et Njokiny s’aimaient tendrement. Mais le temps passé, tout change et l’amitié se perd ! Toto et Njokiny se querellent tous les jours. Ils sont comme chien et chat : à chaque rencontre, un regard farouche, un petit jet de salive.

Les deux anciens amis avaient chacun un garçon. Les deux enfants continuaient à s’aimer.

Toto craignaient à tout moment que son fils ne soit empoisonné, et Njokiny n’avait plus confiance dans les sentiments  de la famille de Toto.

Mais les deux garçons n’écoutaient point les conseils de leurs parents. Chaque jour, on les voyait plus unis.,c’était un seul cœur dans deux poitrines, une seule âme dans deux corps.

« Il faut que leur amitié prenne fin, murmura Toto à sa femme, sinon notre fils trouvera la mort ». Il fait venir l’homme qu’on disait le plus malin des environs. Il lui demande conseil et promet des récompenses (1).

-         C’est très facile de vous donner satisfaction, affirme le devin, mais que me donnerez-vous comme salaire (1) ?

-         Je vous céderai une génisse, promet le père.

-         Demain même ils ne seront plus unis, déclare le porteur de trouble.

Le soleil baisse, la nuit tombe. Un jour nouveau se lève et voilà nos deux amis qui se promènent ensemble , côte à côte, chantant un chanson d’amour, de fraternité et de liberté. L’homme « sombre » arrive, devance les deux frères, fait cent pas en avant, s’arrête un moment, rebrousse chemin, croise les deux amis, va à vingt mètres de là, et fait halte brusquement comme un soldat à qui son commandant dit : « Garde à vous ». « Un instant, s’il vous plaît », dit-il au fils de Toto. Celui-ci s’approche. L’inconnu l’aborde, gesticule, frappe la terre des pieds, la poitrine des mains, lève les bras au ciel, puis jette un coup d’œil au fils de Njokiny. Le fils de Toto s’étonne, car son nouveau compagnon qu’il prend maintenant pour un fou se contente de gestes qu’il ne comprend point. Il en est indigné et prend congé de lui. Il rejoint donc son ami et lui déclare que l’homme qui l’avait appelé ne lui a absolument rien dit.

« Tu mens, dit le fils de Njokiny. Tu me prends pour un fou. Vous avez parlé de moi, vous m’avez même montré du doigt., j’ai vu que ton compagnon a frappé du pied, levé haut les mains. Toi, tu m’as souvent jeté des coups d’œil rétrospectifs. Vous parliez de moi, vous machinez quelque chose… »

Voilà les deux amis qui se querellent à grand bruit. Adieu l’amitié, les promenades, les confidences.

Depuis ce temps, dit-on, les Tsimihety n’aiment plus chuchoter devant les camarades.

 

(1)   Récompenses – Salaires : Au vrai, les grands devins perçoivent le prix du médicament « fadin’aody » généralement payable pendant le traitement. L’acceptation de récompenses, après réussite, dénote déjà un esprit crapuleux.

 

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