Les montagnes malgaches

Publié le par Alain GYRE

13 L’Origine des montagnes malgaches 

 

C’est sous Andriandzaque, en un petit village

Sauvage

Assis aux flancs d’un mont de rochers couronné,

Que ce conte naïf, autour du dzire, est né.

Je le tiens d’un bourjane amusant mais borné.

 

La Terre, à l’origine, était plate et très sombre.

Des nuages épais la couvraient de leur ombre

Et, quand leurs eaux fondaient en orages cruels,

La Terre gémissait et maudissait le Ciel.

Or, advint qu’un jour, de ces brimades lasses,

Cent provinces ensemble unirent leurs efforts

Pour châtier le Ciel et lui prendre sa place.

Le moindre îlot offrit son modeste renfort ;

Analamangue fut nommé chef des armées.

« les arbres, cria-t-il, serviront de sagaies.

Mille rochers géants, lancés avec vigueur,

Auront vite abattu l’insolent oppresseur.

Notre bon droit voudra que nous soyons vainqueurs. »

Au jour fixé, partout la Terre,

Frémissante, se souleva.

Dans un soubresaut de colère,

Vers le ciel sombre elle éleva

Les montagnes aux fières cimes,

Les mamelons au front moins haut,

Les collines, les verts coteaux ;

La trop patiente victime

Résolut, à son tour, d’inspirer la terreur.

Lorsque tous ces massifs, contre le saccageur

Eurent dressé leur haute taille,

Pour se jeter dans la bataille

Ils attendirent le signal

Du combat infernal.

Soudain, de l’immensité grise

Sortit un soleil radieux.

Plus de nuages plus de lueurs indécises :

La Terre resplendit sous le plus pur des Cieux

Eblouie

Et saisie

Par ce premier temps clair,

Elle oubliait déjà ce qu’elle avait souffert

Quand l’imposant Soleil, à l’haleine brûlante,

Dit :

« Vastes cieux, coteaux, montagnes géantes,

Plaines, ne bougez plus. Je vous unis,

Et vous interdis

Toute mésentente.

Je veillerai sur vous le jour. La nuit,

La lune et mille étoiles scintillantes

Viendront, de leurs clartés moins éclatantes

Garder votre sommeil. »

Et toute la Nature obéit au Soleil.

 

Voilà comment, du nord au sud de la Grande Ile,

Se sont formés des monts qui restent immobiles.

Si le soleil se lève à l’est,

C’est que des crêtes menaçantes s’y profilent.

Tranquille,

Il se couche à l’ouest

Où la plaine et la mer lui semblent plus dociles.

Les rochers, dont les pieds s’enchâssent dans la terre

Etaient debout déjà quand avorta la guerre ;

Si la foudre, parfois, les prend pour objectifs,

C’est qu’ils couvent encore des desseins subversifs.    

Contes malgaches

Autour du dzire

Texte de J. Landeroin

Librairie Delagrave 1925

Publié dans Contes Autour du Dzire

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