Livres et lecture: Qu'en est-il à Madagascar ?

Publié le par Alain GYRE

Livres et lecture: Qu'en est-il à Madagascar ?

     

 

Mardi, 23 Avril 2013 10

Le livre permet de garder, de transmettre et de diffuser les connaissances et la culture.

L'UNESCO s'efforce de promouvoir la lecture, l'industrie éditoriale et la protection de la propriété intellectuelle à travers le droit d'auteur en célébrant la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Ce jour marque la naissance et ou la mort de grands écrivains tels que Maurice Druon, K. Laxness, Vladimir Nabokov, Joseph Pla ou Manuel Mejía Vallejo. Rendre un hommage mondial aux livres ainsi qu'à leurs auteurs, encourager les jeunes à découvrir le plaisir de la lecture sont les principales de cette date symbolique pour la littérature universelle. Cette célébration trouve son origine en Catalogne (Espagne) où il est de tradition d'offrir une rose pour l'achat d'un livre. Le succès de cette initiative dépend essentiellement du soutien que peuvent lui témoigner les intéressés, la ville de Bangkok a été désignée "Capitale mondiale du livre 2013" en reconnaissance de son programme qui vise à développer la lecture auprès de la jeunesse et des publics défavorisés.

Pour Madagascar, un pays de tradition orale, les premiers écrivains malgaches furent francophones. A l'époque, ceux qui voulaient s'exprimer en malgache ont rencontré des problèmes : pas d'infrastructure favorable pour encourager la production de livres sur place. Une situation qui persiste même à nos jours. Par conséquent, les livres malgaches sont très peu nombreux. Et non seulement rares, les quelques livres malgaches pour les enfants et les jeunes se limitent en outre à certains genres (contes, poésie, romans, bandes dessinées). Du coup, la pratique de la lecture ne s'est pas beaucoup développée. Seuls les habitants des villes bénéficient de l'accès aux livres, alors que 75% des Malgaches vivent à la campagne.

Les conséquences de cette situation sont beaucoup plus nombreuses que cela en a l'air. Plus de 80% des Malgaches ne parlent que le malgache et plus de la moitié sont des jeunes de moins de 10 ans. Les enfants malgaches dans les 19.395 établissements publics n'ont aucun livre en malgache à lire en classe et 132 centres de lecture sont implantés dans les zones reculées. Qui plus est, plus de 80% des livres sont en français, alors que les animateurs de ces centres parlent à peine le français. En 1982, on a recensé 1.549 titres à Madagascar et en 2007, l'édition malgache ne compte que 1.400 titres dont 236 manuels scolaires. Faute de moyens financiers, 90% des 130 livres édités par an ne seront pas republiés. Bien que les dons de livres soient bénéfiques tant pour l'école que pour les élèves, l'envoi massif de ces ouvrages nuit à l'activité de la librairie, au développement de l'édition locale. Lesdits ouvrages n'encouragent pas la lecture car souvent ils ne correspondent pas au besoin réel et induit en erreur la majorité des lecteurs malgaches qui pensent que les livres sont des produits gratuits. Les écoles qui reçoivent des dons de livres de l'étranger n'achètent plus de livres édités localement même si cela leur permet de dégager un budget pour l'achat local et même si les offres sont différentes.

Pour en revenir à la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, elle nous appelle à réfléchir aux mutations du livre sur le long terme et aux valeurs intangibles. Le livre numérique offre des opportunités nouvelles pour l'accès aux savoirs, à des coûts réduits, sur de vastes territoires. Le livre traditionnel reste une technologie puissante, manipulable à tout moment et qui résiste à l'épreuve du temps. Chaque forme du livre est précieuse pour apporter l'éducation et diffuser la culture et l'information. La diversité des livres et des contenus est une source d'enrichissement. C'est la plus belle invention de l'homme pour le partage des idées au-delà des frontières de l'espace et du temps.

NIR

La  Gazette

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