Madagascar prend son essor sous Cayla

Publié le par Alain GYRE

Madagascar prend son essor sous Cayla

A travers les anciens noms des rues tananariviennes, il est possible d’évoquer un épisode de l’Histoire nationale (lire Note du 27/07/12). Quand Hubert Garbit quitte la Grande île, début 1918, après son premier séjour, trois gouverneurs généraux lui succèdent, chacun pour quelques mois: Merlin (septembre 1917-janvier 1918), le sénateur Abraham Shrameck (janvier 1918-juillet 1919) et Guyon qui assure un intérim (juillet 1918-mai 1920). Puis Garbit revient pour ne quitter définitivement l’île qu’au bout d’un total de huit ans d’administration, remplacé par Auguste Brunet, également intérimaire.
Arrive Marcel Olivier (février 1924-février 1930). « Intelligent et homme d’initiatives, bien que pas toujours sûr, il se lança dans des réformes variées des institutions» (Régis Rajemisa-Raolison). Au point de vue administratif, voulant simplifier les organismes, il supprime les gouverneurs principaux (arrêté du 13/01/26), crée six régions (5/11/27) dans lesquelles les chefs de province sans interposition des chefs de district (poste supprimé) n’ont pas assez de contact avec les administrés. Cette réforme qui fait des chefs de canton les véritables maîtres de l’administration, devait bientôt être modifiée par Yves-Léon Cayla.
Marcel Olivier institue aussi le cadastre sur le plan agraire (28/09/26), ce qui a le mérite de donner une base définitive à la propriété malgache. « Mais cela a le malheur de ne pas reconnaître la preuve testimoniale, crée ainsi des difficultés aux autochtones pour conserver ce qu’ils ont et aboutit en certains cas à leur spoliation ». Au point de vue économique, c’est à Olivier que revient la paternité du Smotig en 1926, en vue de procurer de la main-d’œuvre à peu de frais aux travaux publics.
Principaux faits de son administration : fonctionnement de la Banque de Madagascar (Institut d’émission) en 1926, construction de la ligne ferroviaire Fianaran­tsoa-Manakara (1927), cyclone qui ravage Toamasina (3 mars 1927), affaires des journaux « Le Libéré » et
« L’opinion » (1928) fondés par Jean Ralaimongo, Paul Dussac et Joseph Ravoahangy Andria­navalona.
Yves-Léon Cayla qui le remplace, administre Madagascar à deux reprises, de février 1930 à avril 1939 et de juillet 1940 à avril 1941. Pendant son premier séjour, « il contribua à un vrai essor de l’île dans presque tous les domaines ». Sur le plan administratif, il transforme le système de son prédécesseur, créant 30 provinces au lieu de 42, réinstalle les chefs de district et les gouverneurs principaux (arrêtés du 12/11/27, du 26/12/27 et du 23/05/32), « croyant obtenir ainsi une décentralisation plus marquée ainsi qu’un contact étroit avec la population et une harmonisation du principe de régionalisme ».
Sur le plan économique, Léon Cayla sut conjurer la crise qui éclate au début de son mandat sur le système d’emprunts qui permettent d’entreprendre de grands travaux en vue d’abaisser le prix de revient des produits. Sous son administration, s’achèvent le port moderne de Toamasina (1936) et la ligne FCE (1er/04/36). Les routes et pistes à travers l’île passent de 500 km à 25 000 km et l’urbanisme se développe.
Sur le plan politique, Cayla a à subir les assauts du parti des Dussac, Ralaimongo et Ravoa­hangy qui dénoncent les abus administratifs et demandent l’assimilation en masse des Malga­ches. Pour y parer, Cayla « supprime implicitement mais en fait » la liberté de presse par un décret élastique et imprécis (04/12) aux termes duquel sont condamnés tous ceux qui écrivent des phrases « susceptibles de nuire au prestige de la France ». Son second séjour dans l’île ne donne lieu à aucune mention importante.
Principaux faits survenus pendant ses deux séjours : création de l’Institut prophylactique, d’un corps d’infirmières visiteuses, de laboratoires d’analyses scientifiques, médicales et bactériologiques, ainsi que de la ligne d’aviation Madagascar-France et des divers points de l’île entre eux (1933); mouvements de grève dans la capitale en répercussion de ceux de la Métropole, à l’avènement du Front populaire (1934), droit syndical accordé aux Malgaches (1936), accession facilitée aux droits de citoyens français (7/04/38), transfert des restes mortels de Ranavalona III (28/10/39), représentation des Malgaches au Conseil de la France d’Outre-mer (1939), création d’un centre d’examens de droit dans la capitale…

Pela Ravalitera

Jeudi 02 août 2012

L’Express

Publié dans Revue de presse

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