Malnutrition: Un fléau qui coûte 500 US$ par personne

Publié le par Alain GYRE

Malnutrition: Un fléau qui coûte 500 US$ par personne              

Mardi, 17 Juin 2014

 

500 US$ ou environ 1 000 000 Ar par personne affectée par la malnutrition. c’est la perte de productivité et de dépenses de santé occasionnée par ce fléau selon les données de la FAO publiées le 12 juin dernier. Cela signifie que la malnutrition a des coûts socioéconomiques élevés. Au niveau mondial, la perte qu’elle cause et citée plus haut peut aller jusqu’à 5% du revenu mondial annuel en termes de productivité, soit environ 3 500 milliards US$. C’est énorme et quand ce chiffre est rapporté à l’individu, il donne les 500 US$ évoqués ci-dessus. Ce montant dépasse de très loin le seuil national de la pauvreté à Madagascar qui est de 535 000 Ar par an, alors que le ménage moyen dans le pays vit en-dessous de ce seuil d’après l’Enquête nationale sur le suivi des Objectifs du millénaire pour le développement (ENSOMD) publiée dans le courant du 1er semestre 2014. Il faut toutefois noter que la part de l’alimentation dans la consommation totale des ménages est de 68% pour l’ensemble du pays, contre 72% en milieu rural Ces chiffres reflètent la pauvreté dans laquelle vivent la grande majorité des Malagasy. Malgré la forte proportion des dépenses alimentaires, la malnutrition  frappe d’une manière chronique la moitié des enfants de moins de 5 ans.

 

Cette situation a des impacts négatifs non seulement sur leurs résultats scolaires mais également pour leur vie active future. Les données livrées plus haut par la FAO l’attestent. Cette organisation onusienne et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) remarquent qu’au niveau mondial, les efforts déployés pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle continuent d’être freinés par des questions de gouvernance tels que le bas niveau de détermination politique, la faiblesse des mécanismes institutionnels et le manque de coordination et d’intervention des parties prenantes. Il y a aussi le changement climatique, la volatilité des prix alimentaires, etc. C’est pourquoi la FAO et l’OMS demandent un engagement politique ferme pour affronter la malnutrition. Notons que la 2ème conférence internationale sur la nutrition (CIN2) se tiendra à Rome du 19 au 21 novembre prochain. Dans le monde, plus de 840 millions d’individus souffrent de la sous-alimentation d’après la FAO. La proportion de la population affectée par ce problème n’a reculé que de 17% depuis le début des années 90. La malnutrition est responsable d'environ la moitié de toutes les morts d'enfants de moins de 5 ans, soit plus de 3 millions de décès chaque année dans le monde.

 

La FAO signale aussi l’existence de diverses formes de malnutrition au sein d'un même pays, voire d'un même ménage. Ainsi, 160 millions d'enfants de moins de 5 ans souffrent de retards de croissance ou de malnutrition chronique, tandis que plus de 2 milliards de personnes sont victimes de carences en micronutriments et qu'un autre demi-milliard est obèse.

 

 

 

Souffrance de la faim

 

 

 

La réduction de la moitié du nombre de personnes qui souffrent de la faim en 2015 rencontre de sérieux obstacles, principalement liés aux changements climatiques. La production agricole à Madagascar est tributaire des aléas du climat alors même que les rendements des terres cultivées sont déjà faibles. Plus d’un tiers des Malgaches vit dans une situation d’insécurité alimentaire. La lutte contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition passe par une augmentation du niveau de production agricole, une amélioration des techniques de stockage et de conservation des produits agricoles, une réorganisation du circuit de commercialisation et de distribution des produits agricoles. En somme, la sécurité alimentaire est liée à  la disponibilité des approvisionnements à l’échelon local, à l’accès aux aliments au niveau du ménage et de l’individu, à l’utilisation sûre et saine des aliments et à la stabilité permettant à l’individu d’avoir un accès permanent à une nourriture adéquate.

 

Dans ce contexte, il importe de rappeler les données onusiennes- Madagascar - Bilan Commun de Pays 2012- qui font état que l’alimentation à Madagascar est basée sur quatre types de céréales : le riz, le manioc, le maïs et la patate douce. Le riz riche en matière calorique est très consommé par les Malgaches qui sont les plus gros consommateurs au monde. Même si la production en céréales a progressé depuis plusieurs années, son offre reste insuffisante par rapport aux besoins de la population malgache notamment dans certaines régions comme le Sud.

 

L’insuffisance des capacités de production à répondre aux besoins alimentaires de la population trouve son explication dans plusieurs facteurs. Parmi ces facteurs, il y a les faibles productivités liées aux techniques traditionnelles,  le manque d’infrastructures de stockage des céréales pour se prémunir en cas de catastrophes naturelles mais aussi le problème en matière de coûts des transports, les aléas climatiques qui sont difficilement maîtrisables et imprévisibles, mais il y aussi l’enclavement et l’inexistence de marchés pour s’approvisionner et  le problème d’accès au marché avec une situation d’oligopole entre les différents acteurs du marché des céréales.

 

Les pouvoirs publics ont reconnu que la malnutrition est un problème de développement et que sa résolution demande des interventions multisectorielles, dans le cadre du plan national d’action de nutrition 2 (2012-2015) en agissant en synergie, en vue de réduire la prévalence de la malnutrition chronique24 chez les enfants de moins de 5 ans soit de 50,1% à 42,8% en 2015, de contribuer à la réduction de la mortalité des enfants de moins de 5 ans de 72 pour 1000 naissances vivantes en 2008 à 56 en 2015.

 

 

 

Depuis 2005, plusieurs réformes ont été engagées visant à améliorer les infrastructures routières et les conditions de production pour soutenir l’efficacité de la production de céréales et résorber les déséquilibres entre les différentes régions de Madagascar.

 

Plusieurs études ont montré les nombreuses corrélations entre les différents marchés dans les différentes régions du pays. Les prix des marchés dans les villes d’Ambatondrazaka, Antananarivo, Fianarantsoa et Ambositra influencent les prix sur l’ensemble du territoire malgache et cela définit les conditions d’échange et de production de céréales à Madagascar.

 

La production du riz représente 70% de la production en céréales du pays. Le problème de la production de riz est qu’elle est concentrée dans quelques régions du pays (les plaines du Lac Alaotra et de Marovoay) ou alors elle provient d’importations commerciales. Cependant, la production nationale de riz est en continuelle hausse depuis 2005 (hausse de 16% entre 2008 et 2009) avec un recours de moins en moins important à l’importation (10% de la production issue de l’importation).

 

Cette amélioration de la production de riz réalisée dans le cadre de l’initiative de 2008 « Révolution durable verte » peut s’expliquer par une série d’incitations notamment des aides financières pour les engrais et les semences et une aide à l’amélioration des techniques de production. Alors que la production de riz mais aussi de maïs (+22% entre 2008 et 2009) se sont améliorées, la production de céréale du pays reste fragile exposée aux inondations et aux tempêtes tropicales. En effet, l’amélioration de la production de céréales du pays cache de graves disparités entre les régions au Sud, les larges plaines agricoles et les régions les plus pauvres touchées par les catastrophes naturelles, la côte est et le Sud Ouest du pays.

 

Les périodes de sécheresse ont sévèrement touché Madagascar au cours des sept dernières années. La saison 2005/2006 et celles entre 2007/2008 et 2009/2010 ont été les périodes particulièrement difficiles. L’intensification des phénomènes climatiques réduit de moins en moins la résilience des populations sensibles, qui, n’ayant pas encore réuni toutes les conditions de relèvement par rapport aux aléas précédents, subissent déjà les suivants. Madagascar présente le double désavantage d’être à la fois pauvre et d’être exposé aux risques climatiques majeurs.

 

Alors que la production de riz augmente, la consommation de riz dans le même temps baisse. Cette situation est différente pour les autres cultures de céréales (mais, manioc, pomme de terre douce) dont la consommation augmente. Malgré les efforts qui ont été réalisés pour améliorer les techniques de production, notamment concernant le manioc, l’augmentation de la consommation de ces céréales est imputable principalement à l’expansion des terres d’exploitation des cultures céréalières plutôt qu’à un relèvement du niveau de la productivité.

 

Dans l’ensemble du pays, 66% des dépenses des ménages, sont consacrés à l’alimentation notamment le riz cependant, avec des fortes disparités entre les différentes régions du pays entre le Sud et la côte est d’un côté et l’Ouest et le centre du pays de l’autre. L’évolution des prix, les préférences de consommation et le niveau de revenu influent sur la part consacrée par les ménages malgaches à l’alimentation.

 

Et les memes analyses onusiennes de suggerer que des différences significatives entre les régions sont constatées entre les régions, avec un taux élevé de malnutrition dans le Sud (7,1 %), suivi par la zone est de la côte (6,2%) et la zone ouest (6,2%). Les forts taux de malnutrition sont dus principalement aux faibles productivités du secteur de l’agriculture et aux différents chocs climatiques. Les garçons sont plus touchés que les filles notamment dans les zones les plus pauvres du pays. Les enfants entre 6 mois et 23 mois sont plus touchés par la malnutrition au moment ils forment leur culture alimentaire et ils ont des besoins alimentaires de plus en plus importants.

 

Pour améliorer cette situation, plusieurs actions sont nécessaires en particulier l’amélioration de l’offre et de la demande alimentaire en  mettant l’accent sur l’amélioration de moyens de production des ménages (engrais, foncier, crédit, etc.), en améliorant les infrastructures de transports, en développant un système de marché dynamique (circuits de commercialisation et système d’information sur les prix), en  développant les capacités de stockage et de transformation pour pouvoir combler les périodes de soudure ; le développement de certaines filières prioritaires afin d’augmenter la diversification des sources de revenus ; l’investissement dans le capital humain en réduisant le niveau d’extrême pauvreté, le renforcement de l’alphabétisation (notamment les femmes) et la mise en place de cantines scolaires pour les enfants dans les zones d’insécurité alimentaire ; l’amélioration de l’efficacité des systèmes de résilience et des mécanismes de préparation et de réponse à l’insécurité alimentaire, avec un prépositionnement des stocks alimentaires d’urgence et la mise à jour et la révision des plans d’urgence.

 

Et le tout avec en toile de fond, la création et/ou réhabilitation des avoirs communautaires de production (pistes, canaux d’irrigation, barrages de retenues d’eau, etc.) ; le renforcement des capacités des paysans en maîtrise d’eau et en stockage d’eau (création de mare, bassin de stockage, etc.

La Gazette

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