Mémoire de pierre

Publié le par Alain GYRE

Mémoire de pierre

01/08/13 |  Traditions

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À quelques pas du Palais de la Reine à Ambohimanga, de vieilles maisons se découpent dans la brume. Il s’agit d’habitations datant de plus d’un siècle. Demeures des officiers de l’armée ou de notables liés à la Cour, plusieurs se sont effondrées, faute de réparations. D’autres sont occupées par les descendants des premiers propriétaires qui tentent de les entretenir du mieux qu’ils peuvent.

 

Thomas Désiré Raharijaona, 56 ans, est marié à Isabelle Monique Ranaivalona, 55 ans. Ils habitent avec la plus jeune de leurs trois enfants une maison construite sous le règne de Ranavalona II, entre 1868 et 1883. La maison traditionnelle des hauts plateaux malgaches se caractérise par un corps de bâtiment en pisé à un étage avec un toit en double pente. Au XIXe siècle, elle se transforme en une demeure de particuliers aisés en briques avec un escalier intérieur, bénéficiant de l’influence créole pour l’ajout d’une varangue (véranda). Celle de Thomas est constituée de deux bâtisses accolées : l’une à l’est est une maison traditionnelle, jointe à l’ouest par un élément qui semble avoir été édifié ultérieurement avec une varangue et un escalier intérieur.

 

La date exacte de la construction est inconnue : « Elle doit avoir environ 150 ans », estime Isabelle. Traditionnellement, les maisons sont orientées à l’ouest, mais la présence d’un tombeau à quelques mètres dans cette direction a eu pour conséquence de construire la maison face au nord. Il n’est pas souhaitable de faire face à une sépulture. Désiré descend d’un officier de la Reine, gradé de 11 galons (volanatra), qui fut le premier propriétaire. Lui-même a fait une carrière dans l’Armée jusqu’en 1982 avant de se consacrer à la confection de chapeaux pour enfants. Au rez-dechaussée, une pièce fait office de salon et d’atelier avec deux machines à coudre.

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Un escalier mène au premier étage où se trouvent les deux chambres et la cuisine. La maison est électrifiée mais il faut chercher l’eau dehors, à la borne fontaine. Les briques sont d’origine mais le lambris de demi-hauteur extérieur a été renforcé avec du mortier (mélange de ciment, de terre et de sable) ainsi que le poteau central de la véranda. Des fermiers travaillent sur les terres de Thomas. Ils lui versent chaque année une partie de la récolte comme loyer. Il y a cinq ans, cela lui a permis de rénover la toiture, refaite en partie avec des tuiles mais aussi avec de la tôle. Les disputes familiales, qui compromettent parfois la survie des anciennes demeures, n’ont pas cours ici : « Les autres héritiers de la maison, mes cousins et cousines, ont également contribué à la rénovation, car seuls, nous n’aurions pas pu le faire », ajoute Thomas. Les travaux ont coûté au total 50 bidons de riz contenant chacun 28 kapoka (mesure de riz équivalant au contenant d’une petite boîte de lait concentré), soit 1 400 kapoka. « Il s’agit de deux ans d’économie de récolte. » L’attachement à la maison familiale est évident. De toute façon, elle ne peut pas être vendue. « C’était le souhait de notre aïeul et nous le respectons », conclut Thomas.

 

 

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Texte et photos : Olivier Kalaydjian

(article publié dans no comment magazine n°43 - Août 2013 ©no comment éditions)

 

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