Mieux connaître les événements de 1947

Publié le par Alain GYRE

Mieux connaître les événements de 1947

Sur les bataillons marocains en 1947-1948

mardi 2 avril 2013, par Jean Pierre Domenichini

Dans son étude sur les bataillons marocains dans les événements de 1947-1948 – une étude dans le livre de Frédéric Garan, Combattants indigènes de l’armée française, qui doit sortir en mai prochain –, Jean Fremigacci nous rappelle « qu’il n’y a pas de guerre propre, surtout coloniale, et malgré le silence trop souvent observé par des archives militaires plus portées à l’hagiographie qu’à l’aveu de la vérité, je tâcherai, écrit-il, de dégager la part d’ombre qui a accompagné la ‘pacification’ ». Je vous laisse la liberté de retrouver les « crimes de guerre » que nous révèle ce bon connaisseur des archives de ce triste moment en cherchant les noms de Maharina Jaona, de Rakotonirina, de Michel Botomarina, ou l’histoire d’Ampanotaona. De constater aussi les divisions existant dans le monde des officiers avec ses « baroudeurs » qui répriment comme le lieutenant-colonel Rognon, le capitaine Prost ou le colonel Priou, et ses politiques qui pacifient comme l’admirable chef de bataillon Mégret de Devise, qui sera renvoyé en France.

Sans doute Jean nous montrera-t-il un jour le comportement des juges militaires comme au tribunal militaire de Fianarantsoa avec les officiers qui pratiquaient la « peine unique » par condamnation à mort et ceux qui appliquaient la Justice selon le droit militaire. Je me souviens d’autant mieux de Linarès que je l’avais vu avec mon père chez moi en Lorraine en 1944 à la Libération. À Fianarantsoa, de Linarès présidait le tribunal et voulait appliquer le droit. C’en était trop, il fut, comme Mégret de Devise, remplacé et muté ailleurs.

Le 29 mars éclate l’insurrection déclenchée par la Jiny. Elle mit quatre mois à s’étendre. C’était la faiblesse de l’analyse et du projet de Raseta. Communiste romantique, il avait pensé qu’il suffisait de quelques étincelles dispersées dans le pays pour que toute l’île s’embrase et que toute la population s’insurge contre la présence française. L’insurrection se limita finalement au tiers de l’île. Alors qu’il n’y avait qu’un bataillon de Sénégalais cantonné sur les hautes terres le 29 mars, cela laissa le temps à la puissance coloniale d’envoyer des troupes qui, au total, constituèrent une force de 7.000 hommes.

Dans la forêt de l’Est, l’armée se trouva dans les mêmes conditions que les militaires de Gallieni. Les pistes que la colonisation prétendait avoir créées, ou n’existaient pas ou étaient impraticables pour les véhicules de l’armée. Pour le parachutage de militaires, elle manqua de parachutes. Ce fut donc une armée de fantassins qui entra en campagne.

En suivant les bataillons marocains en mission sur la côte Est, aujourd’hui je voudrais, quant à moi, me focaliser sur ce qu’y fut le rôle des Malgaches. Cette armée, qui ne peut utiliser de véhicules et qui parcourt des kilomètres comme « ce raid de 80 kilomètres en 36 heures », a besoin de porteurs. Les 150 hommes de la 6e compagnie sont accompagnés de 250 porteurs en octobre 1946. Cette autre « colonne de 85 soldats » est accompagnée de 72 porteurs et encore sont-ils « trop lourdement chargés à 35 kilos ». Pour ravitailler les postes militaires, il est « nécessaire de mobiliser des contingents de 100 à 150 porteurs ». Ce sont eux qui servent de brancardiers pour transporter les blessés.

La géographie, c’est bien connu, ça sert à faire la guerre. Si le père Roblet fit la carte de l’Imerina et, à la demande de l’État-major qui pensait que la Reine se réfugierait dans le Sud lors de la conquête à venir, fit celle du pays betsileo, c’était avant la conquête. Depuis celle-ci, ce fut l’armée qui fit les cartes, avant que cette mission ne fût confiée à l’Institut Géographique National qui publia les cartes dites d’État-Major. Je ne sais de quelles cartes pouvait bien disposer l’armée en 1947. Si elles étaient sur le modèle des cartes d’État-Major au 80.000e, dans une région aussi accidentée que celle de la forêt, elles ne pouvaient pas être d’une réelle utilité. À vrai dire, je doute même qu’il y en ait eu. Le renseignement ne pouvait être qu’humain. Dans des endroits comme le pays vorimo qui fut longtemps le refuge des mauvaises têtes et des bandits en rupture de ban, il n’y avait jamais eu de colons et aucun administrateur colonial n’y avait été vu. Ce furent des notables malgaches et des instituteurs malgaches qui renseignèrent et servirent de guides aux troupes coloniales.

L’armée avait aussi des auxiliaires malgaches pour des tâches de renseignements, de garde et de surveillance. Ce furent les « partisans ». L’armée ne leur confiait pas d’armes à feu. Ils n’avaient que la sagaie. C’étaient des mpilefona, comme il y en avait dans l’armée royale à côté des miaramila. Volontaires recrutés dans les villages soumis et parfois parmi les anciens insurgés comme le « général Panoël » – ancien chef d’insurgés –, les partisans vont, de décembre 1947 à mai 1948, mener à bien la pacification, qui était une tâche trop lourde pour une armée trop peu nombreuse, et qui vont convaincre les populations réfugiées dans la forêt de rentrer dans leurs villages et de rallier l’autorité légale. J’aimerais savoir ce que fut numériquement ce corps de porteurs, de guides et de partisans, qui ignora tout autant la grève que la désertion avec sagaie et bagages. Contrairement à ce que Raseta pensait, tous les Malgaches ne lui ressemblaient pas et n’avaient pas la même détermination à chasser le vazaha. L’échec de son projet, on le voit, a fait mentir le ohabolan’ny Ntaolo affirmant : « Hovalahy mahay kabary, tsy misy tsy vitany ».

Extraits du livre

Madagascar Tribune

 

Publié dans Presse malgache

Commenter cet article