Mikea en croisade pour les Mikea

Publié le par Alain GYRE

Mikea en croisade pour les Mikea

01/06/13

 

Le projet d’exploitation industriel de l’ilménite dans le Sud-Ouest va-t-il porter un coup fatal aux derniers Mikea de la forêt sèche ? C’est ce que qu’affirme le leader du groupe musical du même nom. Rien n’est encore joué, répond la société australienne Toliara Sands.

 

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En mars dernier, le groupe Mikea, lauréat du prix RFI Découvertes en 2008, sort un album empreint d’une gravité toute particulière. Son titre, Hazolava : « au secours » en dialecte masikoro, l’ethnie des Sakalava du Sud. Théo Rakotovao, chanteur et guitariste du groupe, y dénonce un « crime » perpétré contre les Mikea, une population dite « primitive » de la forêt sèche du Sud-Ouest, entre Toliara et Morombe, où il a lui-même grandi. Depuis dix ans, lui et son groupe ne cessent de prendre des positions passionnées en faveur de ceux qu’on appelle avec une pointe de mépris les « hommes nus » (très exagéré). En fait des paysans masikoro qui ont choisi de retourner à la forêt, il y a peut-être un siècle, pour fuir les corvées royales et les contraintes administratives.

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Loin de la société des hommes, ils chassent le petit gibier, se nourrissent de miel sauvage, élèvent des chèvres qu’ils troquent contre du riz. Homme libre, toujours tu chériras la forêt… Même si cette dernière est en train de se réduire comme une peau de chagrin sous la poussée des cultures sur brûlis. On estime qu’en vingt ans, la forêt des Mikea a été diminuée par dix, avoisinant aujourd’hui les 70 hectares, pour 2 000 individus y vivant encore.

 

« A ce rythme, pas sûr qu’il y ait encore des Mikea dans dix ans », soupire Théo Rakotovao, sourire crispé. D’autant qu’un danger supplémentaire les menace : le projet d’exploitation industrielle de l’ilménite par la société australienne Toliara Sands (ex-Madagascar Ressources). « En polluant le peu d’eau qu’il est possible de recueillir là-bas, ils vont acculer les Mikea à la disparition. Cela est d’autant plus scandaleux que cette forêt est classée aire protégée par Madagascar National Parks (MNP). Mais que pèsent 2 000 Mikea comparés aux 400 000 tonnes d’ilménite et aux 43 tonnes de zircon par an promises par cette exploitation ? », ironise Théo Rakotovao.

     

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Théo Rakotovao

 

Soutenu par d’autres artistes, comme Dama de Mahaleo ou D’Gary, et des associations masikoro, il conteste que cette exploitation puisse profiter aux locaux en terme d’embauche. « Les Mikea n’ont pas le profil, ce sont des chasseurs-cueilleurs sans compétences particulières. Nous souhaitons entrer en pourparler avec Toliara Sands pour trouver au plus vite une solution », lance le chanteur.

 

Interrogée par no comment, Toliara Sands, par la voix de son responsable de la relation avec les institutions, Lalalison Razafintsalama, évoque « un manque d’information et une mauvaise compréhension ». Ce pourquoi d’ailleurs la société australienne avait organisé un salon à l’hôtel Carlton, en avril dernier. Pour lui, le carré minier de Ranobe, dont l’exploitation pourrait commencer en 2015, se trouve à pas moins de 150 kilomètres de la forêt des Mikea, « et non en plein cœur comme on l’a dit ». Mettant en avant les études d’impact environnemental, il nie également que l’exploitation puisse polluer les cours d’eau ou l’air respiré par les Mikea : « Nous sommes trop loin et nous n’utiliserons que de l’eau souterraine. »

 

La route qui doit être construite début 2014 et qui mènera vers la jetée portuaire de Toliara est également sujette à polémique. « Elle prendra la direction sud, sans passer par la forêt des Mikea au nord-ouest », précise-t-il. Quant au volet social, Lalalison Razafintsalama affirme que Toliara Sands a déjà un « programme et un budget conséquent pour œuvrer dans le sens du développement durable. Et ce budget, ce n’est pas la loi qui nous l’impose, c’est notre volonté. » Au niveau des emplois, il fait valoir que les populations locales seront priorisées en fonction de leurs compétences, « mais on ne peut pas sacrifier l’entreprise pour donner du travail à des gens sans qualification. Trop de social tue l’économie. » « Plus de peur que de mal » en somme, fait valoir Toliara Sands, précisant que de toutes les façons, il n’est pas encore certain que l’exploitation aura lieu. Pour l’heure, la société australienne en est encore à constituer les documents pour l’obtention du permis environnemental et du permis d’opérer. « Nous sommes en phase de faisabilité finale, ce qui veut dire qu’aucune décision n’a encore été prise… »

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Lalalison Razafints de Toliara Sands

 

 

 

 

 

 

Solofo Ranaivo

(article publié dans no comment magazine n°41 - Juin 2013 ©no comment éditions)

 

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