Moraingy : "Marrons, châtaignes et boxe gasy"

Publié le par Alain GYRE

 

Moraingy : "Marrons, châtaignes et boxe gasy"

03/12/12 |  Traditions

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À Mahajanga, sur la côte Nord-Ouest en général, on aime les sports virils. Les sports de contact qui font bing et font voir les étoiles en plein jour. Bienvenue au pays du moraingy (prononcer moringue), appelé aussi ringa plus au sud…

 

 

Le moraingy est cet art martial typiquement malgache dont l’existence est attestée depuis le XVIe siècle, d’abord comme moyen de défense contre les voleurs de zébus. Formellement, c’est une façon de combat de boxe, mais sans gants de cuir, avec juste un petit cache-sexe traditionnel, le salaka, qui sert aussi de « coquille ». Les tournois ont traditionnellement lieu les jours de marché, quand les gars sont disponibles et d’humeur taquine. Que ce soit dans un gymnase couvert, un stade municipal ou un simple terrain vague, le spectacle est sûr d’attirer un maximum de spectateurs, sans distinction d’âge ou de sexe.

 

Les règles sont simples : le but est d’envoyer son adversaire au sol et toutes les prises pour y arriver sont permises, y compris de s’en prendre à son salaka… Pas à proprement de vainqueur ou de vaincu, on est surtout là pour montrer ses gros biscotos. « Le but est essentiellement éducatif : les lutteurs apprennent à se dépasser, mais toujours dans le respect de l’adversaire », explique Evariste, le président de l’association Moraingy tsy misy kisasy (Moraingy sans rancune) de Mahajanga. Une association qui fait aussi appel aux lutteurs des villages plus reculés comme Marovoay, Melaky ou Ambanja.

 

Le ring est un quadrilatère classique tendu de cordes de nylon. À l’extérieur, un petit corridor le sépare du public ; c’est là que les spectateurs les plus excités, les jeunes en particulier, viennent défier les lutteurs, appelés fagnorolahy, en levant le poing et en sifflant bruyamment. Il n’y a pas de tatami, bien que les assauts soient rudes, mais heureusement toujours brefs – environ 30 secondes par round. En deux ou trois rounds, le combat est généralement terminé, sous l’œil impavide de l’arbitre qui sanctionne durement les fautes : pas de morsures ni griffures, coups de poings seulement, et toujours en évitant les points vitaux. Dans la variante réunionnaise, beaucoup plus récente et appelée moringue (ou moring), coups de pieds et coups de boule sont eux autorisés. Contrairement à la boxe occidentale, le K.-O. n’est pas recherché ; on se contente de compter les coups qui ont porté pour désigner le vainqueur. À la fin, les adversaires se serrent la main ou s’embrassent, signe qu’ils sont sans rancune dans l’esprit fair-play du Fihavanana (sens de la parenté) et du Firaisankina (solidarité). « La rapidité et le sens tactique comptent autant que la force, mais au final c’est l’estime de l’autre qui l’emporte », souligne Evariste qui, quand il ne s’occupe pas de moraingy, est employé à la Faculté de médecine.

 

Le moraingy a ses champions régionaux qui sont de véritables stars dans leur village. Beaucoup développent d’ailleurs des techniques de combat dont le secret se transmet jalousement de père en fils. L’époque où le vainqueur était récompensé d’une coupe ou d’un zébu est révolue ; aujourd’hui on peut gagner des voitures, des motos et jusqu’à 400 000 ariary par tournoi. Signe des temps, les demoiselles sont de plus en plus nombreuses à monter sur le ring, et là aussi ça fait des étincelles…

 

 

 

Rosa Ravoniarivelo

(article publié dans no comment magazine n°35 - Décembre 2012 ©no comment éditions)

 

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