2012-09-17 Les pionniers de la route face à des problèmes délicats

Publié le par Alain GYRE

Les pionniers de la route face à des problèmes délicats

Avant 1895, début de la colonisation, il n’existe à Madagascar que des sentiers pour piétons. Les souverains craignent sans doute qu’un réseau de voies de communication ne favorise une pénétration étrangère ou estiment que les échanges commerciaux peuvent se satisfaire du simple portage. Aussi se refusent-ils toujours à la construction de routes.
Le portage à dos d’hommes constitue, de ce fait, le seul moyen de transport. Ce n’est qu’en 1818 qu’apparaissent pour la première fois les chevaux, cadeaux du gouverneur de Maurice, Sir Robert Farquhar à Radama 1er. Leur nombre s’accroît lentement et en 1895, il n’en existe guère plus de 30. La plupart sont d’ailleurs des présents de souverains étrangers à leurs homologues merina.
Ce réseau de sentiers existant est souvent tracé au gré de la « seule fantaisie, contournant les moindres obstacles ou, au contraire, escaladant en ligne droite le flanc des collines… Les rivières se franchissaient à gué ou en pirogue, ou encore sur des troncs d’arbres jetés en travers du lit quand la faible largeur du cours d’eau le permettait » (direction des Travaux publics).
C’est donc pratiquement de rien que doit partir l’Administration coloniale quand elle s’attaque à l’organisation des communications routières dans l’île. Dans cette grande œuvre, elle doit tenir compte des deux grandes guerres et, entre elles, d’une crise économique, de la nature et du relief du sol, de l’étendue de l’île et de la faible densité de la population, de la nécessité de traverser de vastes régions à peu près désertiques sans point d’eau ni ressources…
Les ingénieurs sont confrontés à des problèmes techniques dus, en premier lieu, au
terrain.
Dans le massif central, il faut compter sur le relief fortement plissé, les cours d’eau aux pentes très fortes et au régime torrentiel.
Sur la côte Est, c’est une végétation très luxuriante couvrant des falaises abruptes, une côte lagunaire étroite, un climat pluvieux, un sol inconstant, des rivières étalées aux courants irrésistibles. Sans compter de fréquents cyclones avec des rafales de vents atteignant parfois 200 km/h.
À l’Ouest, le climat plus sec rend les travaux plus faciles, mais dans leur cours inférieur, les fleuves sont immensément larges et leur rivage est constitué par du sable qui s’enfonce très en profondeur. Leurs cours sont aussi sujets à des divagations de plusieurs kilomètres qui deviennent des obstacles très délicats à surmonter.
Il arrive aussi que les fleuves aient un débit d’étiage parfois très faible qui interdit l’emploi des bacs, alors que leur débit de crue est tel que les risques d’effondrement de fondations de ponts, aussi profondes soient-elles, restent considérables.
La grande difficulté réside dans le fait qu’au début de la présence française, il n’existe aucune carte précise, ce qui rend indispensables d’innombrables mais souvent infructueuses reconnaissances.
Il s’y ajoute d’autres problèmes autres que techniques. Il y a d’abord celui de la main-d’œuvre à cause de l’incroyable faiblesse du pourcentage d’hommes valides, l’insouciance et l’instabilité de l’autochtone.
Viennent les difficultés financières. La modicité des crédits accordés ne permettent pas de réaliser un plan d’ensemble, mais seulement l’entretien à la petite semaine des tronçons existants.
« Ces difficultés techniques, de main-d’œuvre et financières ont de tous temps lourdement pesé sur la route malgache au point d’en avoir peut-être faussé la conception comme elle en a entravé la réalisation ».

Pela Ravalitera

Lundi 17 septembre 2012

L’Express

Publié dans Notes du passé

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