Odile la brocante : Du vieux contre du neuf

Publié le par Alain GYRE

Odile la brocante : Du vieux contre du neuf

06/02/13

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A Madagascar, un objet de deuxième main a parfois plus de valeur que son équivalent neuf. C’est tout le pari d’Odile qui a trouvé un moyen original de vous débarrasser de vos vieilleries : elle vous les échange contre du « Made in China » tout droit sorti du conteneur !

 

Décidément, rien ne se perd de nos jours. Les vieux objets que vous n’utilisez plus, les vêtements que vous ne portez plus trouvent toujours preneurs. Il suffit d’attendre qu’Odile passe par chez vous et vous débarrasse de vos « vieilles choses » : vaisselle ébréchée, vêtements, chaussures, lecteurs DVD, jouets… « Même cassé un objet a toujours un prix », considère cette brocanteuse d’une trentaine d’années installée dans le quartier d’Ampefiloha. Pour vous décider à vider vos placards, Odile a trouvé l’astuce suprême : elle vous offre en échange des ustensiles de cuisine neufs, sortis directement du conteneur en provenance de la Thaïlande ou de la Chine. « Des objets que l’on trouve dans les boutiques de Tsaralalanà à des prix relativement élevés », fait-elle remarquer.

 

Pour ses tournées à travers la ville, elle a toujours avec elle son gros sac bourré de tasses à café, de verres, de poêles à frire, de cocottes minutes… A Ivandry, son cri est familier des riverains : « Entana tonta atakalo ô ! » (vieux objets à échanger ?) On accourt vers elle pour voir ce qu’elle a dans son sac, et réserver le cas échéant l’ustensile convoité en le troquant contre de vieille hardes. « Odile nous donne l’opportunité de nous équiper en instruments de cuisine sans avoir à débourser le moindre sou », se réjouit Fetra, une jeune mère de famille tenant déjà une poêle à frire dans la main gauche et un saladier dans l’autre. Pour les obtenir, elle a juste sorti de l’armoire cinq blue-jeans un peu élimés, un blouson de cuir, quelques pull-overs et chemises, ainsi que deux paires de chaussure. Ce qui s’appelle une bonne affaire !

 

Bien entendu, Odile n’est pas une philanthrope. Encore moins le père Noël, n’en déplaise à la grosse hotte qu’elle traîne toujours avec elle. Si elle propose cette transaction, c’est qu’elle y trouve son intérêt. « Un objet retapé retrouve facilement sa valeur marchande », explique-t-elle. Même ceux qui apparemment ont fait leur temps, puisqu’il suffit de les proposer au marché à la brocante de La Réunion Kely à Ampefiloha, près du canal d’Andriantany. Là-bas, la fripe la plus improbable trouve toujours preneur.

 

Ainsi du blouson de cuir récupéré chez Fetra qu’Odile revendra 5 000 Ar à débattre ou ces jeans qui partiront pour 1 000 Ar pièce. Pour les appareils électroniques irréparables, il y a toujours des pièces à récupérer qui parfois valent très cher sur le marché de la revente. Bref, les ustensiles made in China sont largement rentabilisés quand Odile fait la recette de sa journée. Sans pour autant rouler sur l’or, car ce travail est juste un pis-aller pour elle. « Ca me permet juste de faire bouillir la marmite, mais j’ai la sensation de me rendre utile. Avec moi, même les plus pauvres peuvent s’équiper », plaidet- elle. Une sorte de commerce équitable.

 

 

 

 

Propos recueillis par Solofo Ranaivo

(article publié dans no comment magazine n°37 - Fevrier 2013 ©no comment éditions)

 

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